Lorsque j’ai aperçu ce livre sur les tablettes de la boutique Archambault du Complexe les Ailes il y a quelques semaines, j’ai été doublement séduite. L’auteur, d’abord.
Puis le titre. Je sais, je sais. Elle recommence, avec sa foutue Belgique, maugréerez-vous in petto. Eh oui, que voulez-vous. Il y a, dans le titre, le nom d’une ville de Belgique (que je n’ai malheureusement (heureusement ?) pas visitée, alors je ne pourrai l’évoquer dans ce billet, le regard embrumé par la nostalgie.).
Alors, aussi vrai que 2 et 2 font 4 (Étonnant! J’arrive à compter même sous antibiotiques et pourtant satanément affamée depuis les 72 dernières heures pour cause d’infection majeure de la gorge), j’ai attrapé au vol un des exemplaires et sans même prendre le temps d’en lire la description, je me suis dirigée vers le comptoir-caisse (où oh! j’ai croisé un certain chroniqueur culturel du Téléjournal de Radio-Canada, qui, bon sang ! devrait peut-être songer à prendre sa retraite et laisser sa place à un chroniqueur culturel digne de ce nom. Mais bon, encore une fois, je m’égare.).
Revenons à nos moutons – ou à nos nouvelles, devrais-je dire !
J’ai terminé la lecture de ce recueil il y a environ 2 semaines. Au total, il comporte 5 nouvelles, que je qualifierais d’inégales en qualité et en originalité.
La première, qui donne son nom au bouquin (La rêveuse d’Ostende), est sans contredit celle que je préfère. Je l’ai trouvée mieux peaufinée et plus poétique que les autres. S’agissant là de courtes histoires, il est évident qu’elles ne peuvent être l’objet d’interminables envolées lyriques, mais bon, certains passages m’ont clairement laissée sur ma faim.
Quoique un peu prévisible (les autres le sont tout autant, sinon plus), cette nouvelle a de quoi charmer, par la douceur surannée de cette rêveuse ostendaise (l’auteur a-t-il été inspiré par cette chanson de Brel? Mystère.). Un écrivain, en quête d’un quelconque refuge pour s’évader d’une déconvenue amoureuse, se retrouve chez une dame âgée, qui vit entourée de bouquins et qui – mais on ne saurait en être sûr – semble avoir rêvé sa vie plus qu’elle ne l’a vécue. L’écrivain en vient à se demande s’il doit croire les secrets que sa logeuse lui livre. Celle-ci lui dépeint une liaison empreinte de passion, de romanesque et de sensualité, qu’elle aurait vécu il y a de cela fort longtemps, elle qui pourtant, aux yeux de tous, n’est qu’une vieille bonne femme sans histoire.
Ensuite, Crime parfait se veut le récit d’un le couple un peu trop parfait dont l’union sans tache se désagrège brusquement lorsque la femme, fabriquant de toutes pièces son propre malheur, commet un geste irréparable. En effet, celle-ci s’imagine que son époux lui cache un secret trop immense pour être irréprochable. Elle tentera d’échapper à sa curiosité morbide et à un vain désir de comprendre en attentant à la vie de son mari. Mais s’il ne s’agissait que d’un énorme et malheureux malentendu, en fait ? Elle ne le réalisera que trop tard… Encore une fois, il est facile de deviner l’issue de cette histoire, et la teneur générale de ce récit vaguement policier est un peu fade et ne m’a pas comblée “littérairement” parlant.
Puis, La guérison relate l’histoire d’une infirmière complexée par ses formes, qui noue une impossible relation avec un bellâtre aveugle et cloué à son lit d’hôpital à la suite d’un accident. La jeune femme se laisse séduire par le malade qui lui permet de se rendre désirable aux yeux des hommes. Malgré quelques vérités qui m’ont fait sourire, la trame de ce récit est par moments outrageusement convenue et sentimentaliste à la façon des romans Harlequin.
Féru de lectures sérieuses, le professeur à la personnalité acrimonieuse qui est l’un des protagonistes principaux de la nouvelle intitulée Les mauvaises lectures n’a que faire des fictions commerciales qu’il prétend ne pas vouloir s’abaisser à lire. Et pourtant, lors d’un voyage avec sa cousine, il se laissera tenter, à ses risques et périls…À l’instar des autres nouvelles, la fin de celle-ci s’entrevoit aisément. Toutefois, j’avouerai que la charpente de cette nouvelle est solidement ficelée et qu’elle m’a gardée en haleine.
La femme au bouquet est un récit sobre. Comme le titre l’indique, il y est question d’une vieille dame qui patiente bien sagement chaque jour depuis 15 ans à la gare de Zurich, bouquet à la main. Quel est cet donc énigmatique rendez-vous qui la renvoie fidèlement chaque jour au quai numéro trois? Et qu’attend-elle donc? Quelqu’un? Quelque chose?. (Tiens, encore une fois, cela me fait penser à des airs de Brel, qui chante souvent l’attente d’une bien-aimée, d’illusions ou même d’une mort qui tarde à venir.) Cette lecture ne changera en rien le cours de l’histoire, mais plonge le lecteur dans un questionnement quasi-sartrien.
En bref, dans ces cinq récits, tout n’est qu’illusion, rêverie et mystère. Il s’agit là d’un recueil de nouvelles pas mauvais en soi, plaisant à lire - simplement qu’on s’attend à mieux de la part de ce grand maître. Mais, évidemment, un auteur n’a pas la prétention de créer un chef d’œuvre chaque fois qu’il rédige et ça, je suis persuadée que Schmitt nous en a bien lucidement livré un exemple. Bien que la simplicité (volontaire ?) de ces récits étonne de la part de cet auteur, la forme générale des écrits n’est pas totalement dénuée d’élégance. Et, à mon humble avis, ce ne serait pas rendre justice à l’auteur que de croire en une écriture bêtement diluée, sans saveur, sans issue. Certes, ces cinq récits ne laisseront probablement une trace indélébile dans l’histoire littéraire, mais mon petit doigt me souffle que l’auteur en était tout à fait conscient et qu’il a plutôt voulu partager avec le lecteur son monde aux confins d’un existentialisme qui se traduit par la dernière phrase du bouquin: « Et je crois que, jusqu’à mon dernier jour, je me demanderai si c’était la mort ou l’amour qui descendit du train.» (p.311).
Dans un train en partance pour la vie, quelle en sera la destination ?
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Schmitt, Éric-Emmanuel. La rêveuse d’Ostende. Publié chez Albin-Michel.




