J’ai terminé la lecture de Gin tonique et concombre de Rafaële Germain il y a quelques jours. J’avoue l’avoir
acheté sur un total coup de tête. Le premier roman de l’auteure, Soutien-gorge rose et veston noir, m’a plu et a probablement catalysé mon envie de me procurer ce livre. Plutôt prévisible et malgré tout charmant, Soutien-gorge rose et veston noir a l’étoffe d’un roman féminin attachant. Qui donne envie d’acheter les autres bébés dont la romancière accouchera éventuellement, quoi.
En quelques mots (des mots pas du tout biaisés *ahem*), Gin tonic et concombre raconte l’histoire d’une jeune femme prénommée Marine, arborant un début-trentaine prétendument torturé (disons seulement que les héroïnes de romans ne sont pas toutes aux prises avec les mêmes dilemmes existentiels…). Marine est une de ces banales créatures encore tellement ado, empêtrée dans cette sempiternelle recherche de l’amour, enfouie sous une peur de l’engagement et de je ne sais quoi encore, peut-être d’un peu trop d’alcool et plus sûrement d’amitiés homme-femme toujours complexes et souvent ambiguës, qui dans la vraie vie aurait tôt fait de se désagréger comme l’émail de mes dents.
Ce roman m’a soutiré de gros soupirs d’exaspération. De gros gros soupirs. L’auteure est carrément tombée dans le déjà vu. Non, le déjà lu.
Je m’étais peut-être fait des attentes trop élevées. Le style de ce roman est tellement ordinaire et les rebondissements si absents de tout, euh, rebondissement, que lorsque j’ai refermé le bouquin, j’ai eu l’impression d’avoir été victime d’une atroce machination. D’avoir cédé à un coup de marketing trop bien ficelé.
Suis-je une lectrice à ce point exigeante? Je m’avoue très ouvertement movie snob, serais-je maintenant devenue adepte de lectures si sophistiquées? Pourtant, non. Il m’arrive d’apprécier un roman léger à l’ombre d’un arbre par une (rarissime) journée de congé l’été, notamment certaines œuvres appartenant à ce récent courant littéraire qu’est la chick litt, je dévore la plupart des magazines féminins et je suis parfois même totalement absorbée par un récit pour enfant (j’ai dû lire au moins une douzaine de fois la série de la Comtesse de Ségur ces vingt dernières années). Mais là, bof et re-bof.
L’auteure ne réinvente absolument pas la roue. Ce roman divertira sûrement la blasée en vous durant d’interminables trajets de métro, mais ne suscitera guère plus de sentiments. Et il ne donne pas vraiment envie de lire un éventuel autre bébé mal nourri de ladite auteure…
[Chiâlage gratuit, mais ô combien bienfaiteur]
Par surcroît, je commence à en avoir soupé de ces historiettes d’éternelles célibataires aux jobs tellement palpitants, au rythme de vie complètement déluré, dont les copinages impossibles procurent des pages et des pages de verbiage résolument ringard, alternant relations amoureuses époustouflantes et fiascos houleux. Vous savez, les ramassis d’aventures abracadabrantes d’adultes qui refusent de vieillir. Dans le genre, il y a certes quelques excellentes exceptions, à savoir le fort plaisant Bridget Jones, puis il y a, euh, attendez… euh. Bridget Jones?
À quand des romans qui relatent la vie d’une presque trentenaire qui s’échine quotidiennement à gagner sa vie et à abhorrer presque passionnément le lundi, embrigadée dans un emploi qui l’a choisie plus qu’elle ne l’a réellement choisi, toujours archi-exténuée lorsque arrive enfin le week-end et qui, malgré sa supposée jeunesse pimpante, n’a absolument pas envie de festoyer le mercredi soir puisqu’elle doit s’extirper de ses draps le lendemain alors que l’astre solaire n’a même pas encore daigné se lever et dont le principal passe-temps se résume à tenter de dormir parce qu’elle est bien trop fatiguée, de toutes façons, pour accomplir quoi que ce soit d’autre.
Certes, j’en conviens, ce synopsis n’a rien d’époustouflant à première vue. Je demeure cependant assez convaincue de pouvoir écrire une histoire totalement désopilante et/ou captivante, même si l’héroïne principale mène une vie irrémédiablement insipide. La preuve: ma vie a parfois (souvent) des airs de tranches de fromage Kraft (aplatie, au goût plus que douteux et de piètre qualité), et pourtant j’arrive à faire rigoler les gens en racontant les aléas de mon existence de salariée geignarde et d’incomprise chronique.
[/Chiâlage gratuit, mais ô combien bienfaiteur]
Bon, tant pis pour Gin tonic et concombre, auquel je préfère Vin rouge et roman de Jardin.
Prochaine critique: Chaque femme est un roman, d’Alexandre Jardin, dont la lecture est déjà nettement plus inspirante (mais je l’avoue, je suis assez vendue à cet auteur aussi brillant qu’égocentrique).




