En matinée, après avoir donné un coup de pouce à une éducatrice quelque peu moqueuse, celle-ci m’a remerciée en m’annonçant à la blague qu’elle était tellement contente qu’elle allait m’épouser. Déclaration qui a suscité des effusions de rire chez trois fillettes de cinq ans.

- Voyons donc! Tu ne peux pas te marier avec elle, c’est une fiiiiiiiilllllle! a pouffé la petite J.

T. et L. ont renchérit en ajoutant qu’une maman devait nécessairement épouser un papa. L’éducatrice, qui a la langue bien pendue, a répondu aux gamines que pourtant Ellen Degeneres et Portia De Rossi venaient de convoler en justes noces. Évidemment, les trois petites espiègles n’ont pas saisi cette allusion et ont continué à vaquer à leurs occupations en se raillant encore de deux adultes qui racontaient vraisemblablement des plaisanteries sans queue ni tête.

Dans ma tête a germé une pensée, cependant.

En septembre, nous accueillerons une fillette qui a deux mamans. Ce couple de lesbiennes a également un bambin, qui entrera éventuellement lui aussi à la garderie. Les deux femmes ont avoué avoir eu du mal à faire comprendre à leur ancienne éducatrice, qui opérait une garderie en milieu familial, que le bricolage pour la fête des pères n’avait pas sa place. Elles ont dû faire face à de nombreux blocages de part et d’autre d’une société qui tend à s’ouvrir mais encore trop peu.

Tant à la garderie qu’à l’école, la notion de couple est presque exclusivement représentée par des unions de sexes opposés. La situation paraît encore relativement inhabituelle, j’en conviens. Toutefois, les éducateurs et éducatrices, les professeurs et toute personne qui gravite autour des tout-petits devront un jour ou l’autre donner l’heure juste à une marmaille qui a soif de savoir.

Comment faire comprendre aux enfants que leur nouvelle amie a deux mamans, mais pas de papa? Il serait intéressant de voir comment l’éducatrice abordera la question auprès des enfants. À moins que, par fausse pudeur, elle passe outre à cette notion pourtant pas si délicate.

Malgré tout, je crois fermement que les enfants sont plus ouverts qu’on ne veut bien le croire. La tolérance, le respect, l’ouverture aux autres et la saine curiosité s’apprennent dès le plus jeune âge. Montrons-leur que deux mamans ou deux papas qui s’aiment forment aussi une famille. Ce n’est pas sorcier. D’ici quelques années, ce seront eux qui inculqueront aux grands ce respect de l’autre. Parce qu’un monde où toutes les différences se côtoient sans préjudice correspond parfaitement à ce que devrait être la vraie nature de l’humanité.

***

En terminant, quelques faits:

À la suite de la légalisation du mariage des personnes de même sexe partout au Canada en juillet 2005, les couples mariés de même sexe ont été dénombrés pour la première fois lors du Recensement de 2006.

En 2006, 45 300 couples de même sexe ont été dénombrés lors du recensement. De ce nombre, 7 500, ou 16,5 %, étaient mariés.

Le Canada est le troisième pays au monde à avoir légalisé le mariage des couples de même sexe, après les Pays-Bas (2000) et la Belgique (2003). L’Espagne (2005) et l’Afrique du Sud (2006) ont été les quatrième et cinquième pays à ce chapitre. D’autres pays ont adopté diverses lois et politiques dans ce domaine. Ainsi, Israël reconnaît les mariages de conjoints de même sexe contractés dans d’autres pays. Aux États-Unis, le Massachusetts a légalisé le mariage de conjoints de même sexe en 2004; c’est le seul état américain à l’avoir fait à ce jour.

[...]

Moins d’une personne sur dix vivant au sein d’un couple de même sexe avait un enfant à la maison. Environ 9,0 % des personnes vivant au sein de couples de même sexe avaient des enfants en 2006. Cette situation était plus fréquente chez les femmes vivant au sein de couples de couples de même sexe (16,3 %), que chez les hommes (2,9 %).

Les conjoints de même sexe mariés sont plus susceptibles d’avoir des enfants à la maison que les partenaires de même sexe vivant en union libre, particulièrement chez les femmes.

Données issues de Recensement de 2006: Continuité et changement dans les familles et les ménages du Canada en 2006

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7 Responses to “Voici maman et… maman”

Une Fille & La Toile Says:

Sujet délicat, parce que même si j’avoue une tolérance assez large sur ce genre de sujets, la question de l’éducation des enfants me paraît toujours sensible. Comment passer de l’explication le papa met la petite graine dans le ventre de maman à une autre où un monsieur qu’on ne connait pas donne sa graine pour qu’on la mette dans le ventre de maman 1… J”ai peur qu’au niveau identité et appartenance ce soit un peu troublant. Dans l’idéal, je suis totalement d’accord. Dans la réalité, je suis encore un peu inquiète du tournant que vont prendre les choses…

Thierry Says:

Il existe encore beaucoup trop de préjugés concernant les homosexuels. Je devrai faire attention, pour ne pas les inculquer à ma fille.

Au Québec, nous avons l’insulte homophobe très facile. Nous utilisons les mots fifs, tapettes et moumounes à toutes les sauces. J’imagine que cela doit être blessant à la longue.

David Says:

Bravo pour ce billet! Moi qui m’en vais en éducation, justement, aurai probablement à répondre à ce genre de questionnement. Il ne faut pas passer à côté, c’est une réalité de la vie très moderne qu’il faut absolument débattre avec eux et, comme tu le dis si bien, leur montrer que “deux mamans ou deux papas qui s’aiment forment aussi une famille”. Mais c’est aussi une question d’éducation à la maison, et non seulement à l’école. Là est et sera vraiment le début titanesque. Entre éducatrices et professeurs qui veulent en parler, et parents qui sont bouchés.

Blogueuse cornue Says:

Une Fille & La Toile: Tout à fait. Et d’ailleurs tout sujet qui touche la vie - ou la mort, aussi - peut sembler difficile à aborder avec un enfant. Chez moi, il n’y avait qu’une maman - je viens d’une famille monoparentale. Par contre, j’ai su assez vite que pour faire un enfant, il fallait aussi un papa. Il n’en va pas de même pour les familles dont les parents sont de même sexe, mais puisque cela se produit un peu plus fréquemment maintenant, il faut aussi trouver les mots justes pour l’expliquer. Je serais franchement curieuse de voir comment les pédagogues verraient la chose.

Thierry: En effet, et c’est à cause des préjugés que certains ont du mal à parler ouvertement de leur homosexualité.

Je me rappelle de commentaires homophobes que ma mère avait prononcé lorsque nous regardions une émission à la télé à la fin des années 80. Je devais avoir 8 ou 9 ans, mais je ne comprenais pas en quoi deux hommes qui s’embrassent pouvait la choquer à
ce point. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, mais j’imagine qu’à l’époque les préjugés étaient encore plus virulents qu’ils peuvent l’être maintenant.

Blogueuse cornue Says:

David: Non, il ne faut pas passer à côté. De toutes façons, il y aura toujours un enfant pour nous poser une question à laquelle il sera difficile de répondre!

Et tu soulève un bon point. Il y aura toujours cette marge entre éducateurs/professeurs et certains parents qui n’en ont rien à foutre. C’est à se demander, parfois, pourquoi certaines personnes ont des enfants

Guill Says:

Je n’ai rien contre le fait que des enfants soient élevés par des couples homosexuels… Mais, malgré tout, la petite qui a deux mamans a la moitié de son matériel génétique qui vient d’un monsieur…

Et pour le bricolage de la fête des pères, même s’il n’y a pas de “papa”, c’est à souhaiter que cette petite puisse compter sur une présence masculine (un grand-papa, un oncle, etc.) qui compte à ses yeux et à qui elle pourrait souligner son attachement…

Quand j’étais petit, il y avait un petit garçon dont le papa était décédé dans ma classe. À la fête des pères, il était très heureux de préparer un petit bricolage pour son grand-papa…

Blogueuse cornue Says:

Guill: Le modèle féminin / masculin vaut pour tout type de famille. Les familles monoparentales ont aussi besoin d’une présence masculine ou féminine. Je crois qu’il est sain que l’enfant sache d’où il vient, peu importe le modèle de famille duquel il est issu.

Vrai pour le bricolage de la fête des pères. Je me rappelle que mes professeurs, au primaire, me faisait écrire grand-papa plutôt que papa sur mes cartes, sachant très bien que mon grand-père faisait office de figure paternelle chez moi.

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