Archive for the ‘Majeure et cultivée’ Category

Manipulation 101

septembre 14, 2008 - 7:37 6 Comments

J’ai terminé en début de semaine dernière le livre Manuel de manipulation pour obtenir (presque) tout ce que vous voulez! de Gilles Azzopardi. Je possède donc tous les outils nécessaires afin de convaincre Stephen Harper de s’exiler aux États-Unis et nous ficher la paix. ;)

Blague à part, ce bouquin aux allures de bible de croissance personnelle est plutôt divertissant. La lecture se fait aisément, rapidement. Le livre d’Azzopardi est empreint d’un humour judicieux et n’a rien de ces manuels de psychologie obscure qui auraient paralysé même un Jung ou un Lacan.  L’auteur donne des pistes paraissant aller de soi aux premiers abords, mais qui peuvent demander un certain ajustement chez celui ou celle qui cherche à éviter de demeurer coincé dans l’engrenage manipulatoire. Car il faut parfois réapprendre à être soi, un soi plus déterminé refusant les manoeuvres contraires à nos principes.

Deux aspects gênent cependant un peu la lecture: les expressions et allusions parfois un tantinet trop franchouillardes qui entravent de temps à autres le décodage de certains énoncés (bon, ce manuel a été rédigé par un Français, après tout) et les répétitions à outrance. L’auteur a sans doute cherché à ancrer les notions dans la tête du lecteur en multipliant les exemples similaires, mais cette façon de faire peut contrarier les personnes qui n’apprécient pas tellement un rabâchage continuel des mêmes concepts. Tout dépend du type “d’élève” que vous êtes - en ce qui me concerne, une fois est amplement suffisante (raison pour laquelle j’avoue avoir du mal avec les gens qui ne comprennent pas du premier coup…).

En bref, afin de maîtriser l’art de la non-manipulation, il faut deux grandes habiletés, à savoir la confiance en soi et l’aptitude à dire non. Le livre se résume en gros à ces deux principes.

Finalement, j’ai encore bien des croûtes à manger avant d’en arriver d’une part à ne plus être utilisée contre mon gré et d’autre part à obtenir un peu plus souvent la collaboration d’autrui. Car s’il y a deux aptitudes  quasi absentes de ma personnalité, ce sont bien ces deux-là!

Des questions et des livres

septembre 6, 2008 - 12:17 4 Comments

Allez savoir pourquoi Morphée a décidé de me bouder, malgré le fait que je n’aie pas fermé l’oeil la nuit passée. En attendant que le sommeil veuille bien de moi, je réponds au questionnaire trouvé ici, en terminant une bouteille de rouge (bah quoi, la semaine a été particulièrement ardue), avec en arrière-plan la trame sonore de Mamma Mia (la Blogueuse Cornue étant une quétaine pathétiquement assumée.)

1. Quel(s) souvenir(s) gardez-vous de votre apprentissage de la lecture ?

Il me semble que ça s’est fait tout seul, probablement parce que j’ai toujours aimé les mots.

2. Vos lectures préférées, enfant ?

Martine, Tintin, les récits de la Comtesse de Ségur. À l’adolescence, j’ai dévoré tous les récits de Lucy Maud Montgomery, les romans jeunesse de Dominique Demers.

3. Aimez-vous la lecture à haute voix ?

Pas particulièrement. À moins que je lise pour des enfants. Ou parfois (c’était surtout le cas pour des travaux scolaires, ou encore au boulot) je relis mes écrits à haute voix pour voir si mes phrases font du sens

4. Votre conte préféré ?

De manière générale, ceux de Félix Leclerc.

5. La meilleure adaptation d’un roman ou d’une pièce de théâtre ?

Mon film préféré est issu d’un roman que, étonnamment, je n’ai jamais réussi à lire entièrement, bien que j’en aie entamé la lecture à deux ou trois reprises. Il s’agit de Z, initialement écrit par Vassilis Vassilikos. Le livre est quelque peu rebutant, voire barbant. J’ai du mal à expliquer pourquoi. Le style, sans doute. Toutefois, le film vaut certainement (et deux fois plutôt qu’une!) l’Oscar qu’il s’est mérité en 1969.

6. Apprenez-vous par cœur certains poèmes, répliques de théâtre, extraits de romans ?

Rarement. Le par coeur me pue au nez pour avoir trop récité d’idiotes leçons tout au long de mes études.

7. Avez-vous des livres ou des magazines dans vos toilettes ?

*Ahem* Parfois des magazines traînent dans la salle du trône.

8. Avez-vous plusieurs lectures en chantier ? Combien ? Lesquelles ?

J’ai quelque peu laissé en plan Chaque femme est un roman, d’Alexandre Jardin, de même que Chaos calme de Sandro Veronesi pour m’attaquer à Manuel de manipulation : Pour obtenir (presque) tout ce que vous voulez de Gilles Azzopardi et Je n’aurai pas le temps d’Hubert Reeves. Je vogue souvent d’un bouquin à un autre, infidèlement. Puis, je reprends où j’ai laissé.

10. Le livre que vous avez lu le plus rapidement ? Le plus lentement ?

Je ne lis pas très vite. Par contre, lorsque je suis plongée dans un roman policier captivant ou de la “chick lit” divertissante, il m’arrive d’accélérer la vitesse de croisière. Je lis lentement lorsque l’intérêt n’y est pas, par exemple lorsqu’il s’agissait de fastidieuses lectures scolaires. Aujourd’hui, une lecture m’assomme particulièrement? J’abrège les souffrances, punto finale.

11. Préférez-vous les éditions de poche aux originales ? Pourquoi ?

Ça m’est égal! J’aime les livres, quels qu’ils soient.

12. Le(s) livre(s) que vous ne rangez jamais dans votre bibliothèque et qui traînent toujours ?

Il y a toujours quelques bouquins qui traînent ici et là. Et pour cause: je suis une traîneuse chronique.

13. Quel est votre rapport physique à la lecture ? Assis ? Couché ? Debout ?

J’adopte souvent la position assise, une jambe sous les fesses. Jusqu’à ce qu’un fourmillement se fasse sentir et m’oblige à opter pour une autre position.

14. Vos lectures sont-elles commentées, crayon en main ?

Étant donné ma loooooongue vie d’étudiante, nombreux sont les livres annotés de ma plume. Aujourd’hui, la chose est plus rare, bien que je souligne régulièrement des passages qui m’interpellent dans les livres qui croisent ma route.

15. Offrez-vous des livres ?

De temps à autres.  C’est un cadeau que j’aime offrir et j’essaie de personnaliser le choix du livre.

16. La plus belle dédicace, que ce soit de l’auteur ou de la personne qui vous l’a offert ?

Ma marraine dédicace la plupart des livres qu’elle m’offre. Sinon, je tuerais un premier ministre conservateur pour une dédicace d’Éric-Emmanuel Schmitt.

17. Quel est votre rapport sensuel au livre ? (Odeur, texture,…)

Je voue un culte quasi-fétichiste aux livres usagés. Le vécu inhérent à ces feuillets m’inspire vivement.

18. Quels sont les auteurs dont vous avez lu les œuvres intégrales ?

Pour la plupart pas intégralement, mais presque: Félix Leclerc, Paulo Coehlo, Tonino Benacquista, Éric-Emmanuel Schmitt, Kathy Reichs, Lucy Maud Montgomery, la Comtesse de Ségur, Hergé, Alexandre Jardin, Lauren Weisberger, Jacques Prévert, Jean-Paul Sartre.

19. Un livre qui vous a particulièrement fait rire ?

La plume de Lauren Weisberger me fait rigoler.

20. Un livre qui vous a particulièrement émue ?

L’autobiographie de Simonne Monet-Chartrand.

21. Le livre qui vous a terrifiée ?

Bah. Adolescente, j’ai lu la série “Frissons” et certains m’ont légèrement apeurée, sans plus. Je ne suis pas une adepte des lectures axées vers l’épouvante. Non, attendez, je rectifie. La lecture du programme du parti conservateur m’a terriblement horrifiée.

22. Le livre qui vous a fait pleurer ?

Un livre que j’avais offert à ma marraine pour son anniversaire et qu’elle m’a ensuite prêté. Il s’agit d’un roman de Dominique Demers intitulé Le Pari. Le début m’avait pourant laissé indifférente, mais peu à peu, j’ai été happée par l’histoire. Un livre m’a rarement soutiré autant de sanglots.

23. L’avertissement / L’introduction qui vous a le plus marquée ?

Ce devait être un livre d’art bien qu’à l’heure actuelle ma mémoire soit plutôt défaillante.

24. Le titre le plus marquant, original, décalé, astucieux ?

Je choisis régulièrement des livres pour leurs titres. Sans véritablement inspecter la jaquette. Parfois, ce peut être trompeur (La fin de la folie de Jorge Volpi, m’a décontenancée et je ne pourrais pas vraiment décrire mon réel sentiment face à cet écrit- en tout cas, il ne m’a pas particulièrement plu). Généralement, le coup de foudre pour un titre particulièrement inventif peut porter fruit. C’est notamment le cas d’Éric-Emmanuel Schmitt et Lauren Weisberger, pour ne mentionner que ceux-là. Lorsque j’étais une oeuvre d’art de Schmitt est l’un des titres qui m’a sans doute le plus interpellé. Je me suis rendue illico au comptoir-caisse, sans trop savoir à quoi m’attendre. Le résultat fut foudroyant: un récit génialissime, provoquant un haut-le-coeur doublé d’une inévitable réflexion sur le sens de la vie et de l’art.

25. Décrivez votre bibliothèque ?

Éclectique. Beaucoup, beaucoup de livres d’art. Une section muséologie, patrimoine et essais artistiques. De très nombreux romans. Un peu de poésie. Un assez large segment comportant dictionnaires et ouvrages de références, toutes langues confondues. Quelques ouvrages de cuisine et une section vouée aux sciences occultes (réminiscence d’une période ésotérico-médiévale). Plusieurs B.D., quelques biographies.

26. Les livres dont vous vous êtes finalement débarrassé ?

La plupart des romans jeunesse que je possédais. Je le regrette un peu maintenant. Sinon, quelques ouvrages qui m’ont fait galérer: La nuit des temps de Barjavel ; un roman de Nathalie Sarraute dont je ne me souviens même plus et je n’étais certainement pas allée au-delà du tiers ; Le 13e chevalier (bouquin chopé dans un bazar de sous-sol d’église, et jamais seulement ouvert, car de toutes façons, la version cinématographique n’avait absolument rien de saisissant). Je crois que les romans de Gabrielle Roy subiront bientôt le même sort (sorry! cette auteure provoque chez moi une réaction allergique…)

27. L’endroit le plus insolite où vous lisez ?

Étendue de tout mon long sur le dur plancher? Debout à l’arrêt d’autobus par une chaleur torride? Rien d’exceptionnel, quoi. Je n’arrive pas encore à lire en état de lévitation.

28. Il ne vous reste que trois jours à vivre : que souhaitez-vous lire ou relire ?

Orgueil et préjugés de Jane Austen. Un classique qui me plaît chaque fois toujours autant. C’est l’évidence même, on a beau savoir que Darcy s’éprendra à coup sûr d’Elizabeth Benneth, rien à faire, le plaisir renouvelé  n’en est pas moins jouissif d’une fois à l’autre.

29. Votre livre d’art préféré ?

La question à 100 piasses. Je possède quantité de livres d’art, vu ma formation en histoire de l’art et en muséologie et vu, aussi, mon intérêt profond envers les arts. Il m’est impossible de n’en nommer qu’un seul!

30. La bibliothèque idéale ?

La mienne, augmentée de tous les titres qui me font envie. Grosso modo, la bibliothèque de mes rêves ferait presque concurrence à  la BANQ.

31. L’incipit qui vous a le plus marquée ?

La mémoire est une faculté qui oublie. Je n’ai pas non plus tellement tendance à me souvenir des débuts de bouquins. Sauf peut-être L’Étranger de Camus. Le roman comme tel ne m’a pas vraiment charmé, mais lire un truc du genre à 16-17 ans, ça marque puissamment: Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas.

32. La clausule qui vous a le plus marquée ?

Variable avec le temps, selon mes lectures. Dernièrement, j’ai bien aimé, dans La rêveuse d’Ostende de Schmitt, cette phrase à la toute fin: Et je crois que, jusqu’à mon dernier jour, je me demanderai si c’était la mort ou l’amour qui descendit du train.

Bon, maintenant, je peux aller rejoindre Morphée, vous croyez?

La culture, c’est quoi ça?

août 25, 2008 - 10:34 3 Comments

Stephen Harper est un plouc.

Je l’ai toujours affirmé. Je réitère mon profond dissentiment envers ce chef et ce parti qui vivent dans le passé, dont les idéaux sont d’une petitesse crasse et les réalisations d’une absurdité irrévérencieuse.

Le Parti Conservateur du Canada semble vouloir faire du plussse beau pays du monde une terre à son image, c’est-à-dire plate, terne et sans faux-pli.

Le gouvernement a récemment imposé plusieurs coupures en matière de financement des arts et de la culture. Encore. Des. Coupures. Des programmes de soutien aux artistes qui exportent leur imagination à l’étranger se sont vus amputer des milliers de dollars histoire de confiner les artistes hors normes à ce pays insipide dont les gouvernants ne se soucient guère du rayonnement des arts extra-muros.

Vous ne cadrez pas avec la vision incolore de nos amis les conservateurs? Chers artistes, vous serez alors contraints de vendre votre âme au diable à cravate ou vous retrouver sans le sou.

On se croirait dans une contrée totalitaire (au deuxième degré) où le parti au pouvoir contrôle la culture avec une main de fer, afin d’éviter que les “dépravés culturels” sortent du pays. Exit la liberté d’expression hors frontières. Quelle image les autres auraient-ils de nous?

Si vous voulez mon avis, les autres, ils doivent nous prendre pour de sacrés pleutres depuis que le Parti Conservateur est au pouvoir…

Les seuls Canadiens que le parti accepte volontiers d’envoyer à l’étranger doivent-ils nécessairement terminer leurs jours en lambeaux de chair sur des terres hostiles?

***

Un rassemblement organisé conjointement par Culture Montréal et le Conseil des arts de Montréal aura lieu ce mercredi 27 août, de 10:30 à 17:30 à la Société des Arts Technologiques (1195, boul. Saint-Laurent, Montréal).

L’homme qui aimait les femmes qui aimaient les vêtements

août 24, 2008 - 11:06 4 Comments

Le Musée des beaux-arts de Montréal présente depuis le 29 mai dernier une toute première rétrospective consacrée à l’œuvre d’Yves Saint Laurent, en partenariat avec les Fine Arts Museums of San Francisco ainsi que la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent. L’exposition Love, qui présente près de 150 modèles grandeur nature, voyagera ensuite à San Francisco afin de présenter aux Américains les splendeurs du maître de la haute couture.

Le défunt créateur a révolutionné l’univers de la mode, en conférant au vêtement féminin un fort zeste d’audace, notamment en octroyant à la gent féminine le droit à l’habit masculin. Il a entre autres inspiré certaines de ses réalisations du très viril smoking, pour ne citer que cet exemple. Car comme l’a dit Pierre Bergé: Chanel a donné la liberté aux femmes. Yves Saint Laurent leur a donné le pouvoir.

Vendredi après-midi, j’ai profité d’une journée de vacances bien méritée pour aller jeter un coup d’oeil à cette exposition dont le côté glamour m’intriguait fortement. Les robes présentées sont exactement celles des mannequins qui ont défilé sur les passerelles des hauts lieux de la mode. D’ailleurs la taille des étoffes offertes au regard a de quoi complexer un touuuut p’tit peu légèrement la demoiselle qui visite les lieux.

Magnifique exposition. Mais bien trop courte. On aurait eu intérêt à l’agrémenter de plus d’éléments, de diversifier les artefacts, d’en mettre plein la vue au visiteur qui s’attend à un luxe et un faste de tissus, paillettes et couleurs. Il y a bien quelques croquis dans l’une des salles, ainsi que des vidéos, mais en visiteuse gourmande que je suis, j’aurais aimé en voir plus. Beaucoup plus.

Un exemple. Le parcours est divisé en quatre sections principales, évoquant les inspirations et le parcours du designer et, dans la salle consacrée aux créations reliées à l’univers de l’art, il aurait été intéressant  de fusionner vêtements et œuvres d’art. Visuellement, ces couplages entre robes et toiles de Braque, Mondrian et compagnie auraient renforcé ces associations.

Il m’a fallu quelques 40 minutes pour faire deux fois le tour des lieux. Je le confesse, je lis rarement les panneaux. La visite aurait certes duré plus longtemps si j’avais pris le temps de consulter toutes les notices explicatives, mais lorsque je vais au musée, c’est pour m’imprégner de visu des oeuvres exposées. On déniche aisément de l’information sur un sujet donné - les bibliothèques et internet foisonnent de données de toutes sortes. Tandis qu’il est plus ardu d’apprécier une “vraie” œuvre. Vous essaierez, pour voir, de faire l’expérience d’un réel sentiment en regardant la copie glacée d’une toile dans un livre d’art.

Intemporel, l’art d’Yves Saint l’est sans aucun doute. Incontournable, aussi. L’univers de la mode se souviendra encore longtemps de sa contribution particulière au monde du glamour et des talons hauts.

***

Love. Yves Saint Laurent. Du 29 mai au 28 septembre 2008. Musée des Beaux-Arts de Montréal

Fôte

août 2, 2008 - 9:50 5 Comments

Chéri m’ayant très galamment (ahem) lancé le journal Le Devoir toute à l’heure, j’ai décidé de faire un brin de lecture. Après avoir amoureusement défait l’élastique qui sert à retenir les différents cahiers, j’ai ensuite chassé Belle qui avait décidé de se coucher de tout son long sur la première page

Eh oui! Que de péripéties en ce samedi matin, n’est-ce pas! :D Mais attendez! Ce n’est pas terminé!

Après toute cette agitation, j’ai entamé la lecture de l’article Loin des yeux, loin de l’éthique, lorsque j’ai subitement été frappée par une orthographe qui m’est apparue erronée. Mais bon, il s’agit du Devoir, quand même, alors je me suis dit, in petto, peut-être est-ce moi qui suis totalement dans le tort après tout, et que j’ai rêvé que le mot espionnage prenait deux n en français, mais qu’un seul dans la langue de Shakespeare.

Pour en avoir le coeur net, je me suis empressée d’ouvrir mon Multidictionnaire de la langue française à la section E, pour y confirmer mon hypothèse: espionnage.

Une “fôte” en première page du Devoir? Ishhhhh.

Source de l’image: LOLcats

L’article était fort intéressant, soit dit en passant. :D

Mamma Mia!

août 1, 2008 - 9:30 3 Comments

Dimanche dernier, à l’occasion d’une journée “familiale de filles” (en d’autres termes,  Maman Cornue, Soeurette Cornue et Blogueuse Cornue), je suis allée voir le film Mamma Mia à l’affiche depuis peu au cinéma.

Je m’attendais à une oeuvre quelque peu (voire très) ringarde, à l’instar de la plupart des comédies musicales. J’ai toutefois été agréablement surprise par le film dans son ensemble. Mamma Mia déborde certes d’une exubérance qui pourrait en agacer plus d’un, mais la thématique a de quoi émouvoir. J’ai trouvé que les relations mère (monoparentale) - fille y étaient abordées de manière plutôt touchante. Ou bien c’est la proximité entre mon histoire et celle qui se déroulait devant nos yeux qui a su me soutirer quelques larmes au passage.

J’ai d’abord été séduite par les paysages à couper le souffle. Le regard rivé à l’écran du début à la fin, j’ai tenté de m’imprégner le plus possible cette féerie visuelle. À la sortie du cinéma, j’annonçais à ma mère, en toute candeur, que j’allais acquérir une villa similaire en Grèce! :D (On peut toujours rêver un peu.)

Ensuite, la très surprenante Meryl Streep, qui sait interpréter avec brio tous ses personnages, quels qu’ils soient, anime presque à elle seule la totalité du film. Quelle vivacité, quelle intensité. Dans Mamma Mia, elle était à la fois magistralement désopilante et profondément attendrissante.

Moment fort: la chanson Slipping Through My Fingers m’a littéralement arraché le coeur par ce qu’elle évoque. À ce moment, j’ai brusquement senti une puissante vague d’émotions qui a déferlé sur ma petite famille, tranquillement assise entre deux ou trois miettes de pop-corn.

Belle surprise: Colin Firth. J’ignorais qu’il jouait dans ce film. En l’apercevant pour la première fois à l’écran, j’étais déjà assurée de passer un bon moment. (Auuuuucun parti pris, non non.) :D

Les pièces musicales issues du très réputé groupe ABBA avaient également de quoi agrémenter délicieusement ce visionnement. J’ai presque envie de me procurer la trame sonore, tiens. Quétaine jusqu’à la moelle, je sais! Je m’assume!

Par contre, seul détail qui écorche beaucoup (tant le tympan que la vue): la performance monstrueusement ratée de Pierce Brosnan. Ouch. Il n’entrera pas dans les annales cinématographiques pour avoir (misérablement) incarné ce personnage.

Je peux comprendre que cette oeuvre se soit attirée de nombreux détracteurs et commentaires houleux, mais il ne faudrait pas céder à la tentation de vouloir forger une analyse métaphysico-psychologique de ce film sous couvert d’une prétendue élévation intellectuelle. Après tout, Mamma Mia n’a pas la prétention d’être autre chose qu’un blockbuster estival. Eh oui, même une movie snob peut se laisser happer par les filets d’une méga-production un peu excessive. ;)

Une ville et un Invincible

juin 21, 2008 - 12:01 2 Comments

Lachine écluses

À tous ceux qui croient que Lachine est un bled perdu, pas tout à fait dans l’anglophone West Island ni vraiment dans le pittoresque *ahem* Sud-Ouest, à tous ceux qui s’imaginent que Lachine est une presque campagne, une zone reculée pour les personnes du troisième - voire du quatrième - âge, je leur répondrai ceci:

Oui, mais sachez bien, mesdames et messieurs les détracteurs d’une aussi coquette ville de banlieue au coeur même de la grande métropole, que Lachine accueillera son Festival du théâtre de rue, dont le porte-parole est nul autre que Rémi-Pierre Paquin, qu’on a pu voir, entre autres, dans l’excellente série Les Invicibles (qui revient cet automne, ouaiiiiiiis! Oh mon Dieu, j’me peux plus! Enfin! *musique de fanfare*).

Qu’on se le dise, Lachine, malgré ses airs de cité sans vie par endroits (la rue Notre-Dame, jadis artère principale de la ville, paraît fantomatique et délabrée à peu près partout depuis environ 10 ans) a tout d’un petit joyau pour les amants de la culture. Musées, salles de spectacles, manifestations historiques et artistiques, en veux-tu, en v’là!

Le Festival du théâtre de rue, autrefois présenté à Shawinigan, renaîtra de ses cendres les 27 et 28 juin prochains. Pourquoi aura-t-il fallu que ces dates coïncident avec mon déménagement? Bouh. :(

Enfin, j’ai été heureuse de constater, à la lecture d’un article issu de Cyberpresse, que Rémi et moi partageons ce même amour pour cet arrondissement de l’Ouest montréalais:

Pourquoi loger le nouveau festival à Lachine? “Parce que c’est vraiment beau”, fait valoir Rémi-Pierre Paquin, qui louange le côté “dépaysant” de cet arrondissement. “Sans être vraiment loin de Montréal, on a l’impression d’être complètement ailleurs. Le bord de l’eau est vraiment très beau. Mais il y a aussi le côté industriel, des bouts trash avec de grosses usines désaffectées. C’est le genre de choses qu’on aime bien.”

(Source: Sylvie St-Jacques pour Cyberpresse)

Ce sont de tels événements qui me font regretter de ne plus vivre dans cette chaleureuse cité. Malheureusement, la non-conductrice assumée que je suis ne peut plus - et ne veut plus- se résoudre à faire plus de 40 minutes d’autobus pour rejoindre la civilisation! À quand une station de métro à Lachine, hein, hein, hein?? :p

Gin tonic, concombre et… un gros bof

juin 4, 2008 - 7:40 6 Comments

J’ai terminé la lecture de Gin tonique et concombre de Rafaële Germain il y a quelques jours. J’avoue l’avoir acheté sur un total coup de tête. Le premier roman de l’auteure, Soutien-gorge rose et veston noir, m’a plu et a probablement catalysé mon envie de me procurer ce livre. Plutôt prévisible et malgré tout charmant, Soutien-gorge rose et veston noir a l’étoffe d’un roman féminin attachant. Qui donne envie d’acheter les autres bébés dont la romancière accouchera éventuellement, quoi.

En quelques mots (des mots pas du tout biaisés *ahem*), Gin tonic et concombre raconte l’histoire d’une jeune femme prénommée Marine, arborant un début-trentaine prétendument torturé (disons seulement que les héroïnes de romans ne sont pas toutes aux prises avec les mêmes dilemmes existentiels…). Marine est une de ces banales créatures encore tellement ado, empêtrée dans cette sempiternelle recherche de l’amour, enfouie sous une peur de l’engagement et de je ne sais quoi encore, peut-être d’un peu trop d’alcool et plus sûrement d’amitiés homme-femme toujours complexes et souvent ambiguës, qui dans la vraie vie aurait tôt fait de se désagréger comme l’émail de mes dents.

Ce roman m’a soutiré de gros soupirs d’exaspération. De gros gros soupirs. L’auteure est carrément tombée dans le déjà vu. Non, le déjà lu.

Je m’étais peut-être fait des attentes trop élevées. Le style de ce roman est tellement ordinaire et les rebondissements si absents de tout, euh, rebondissement, que lorsque j’ai refermé le bouquin, j’ai eu l’impression d’avoir été victime d’une atroce machination. D’avoir cédé à un coup de marketing trop bien ficelé.

Suis-je une lectrice à ce point exigeante? Je m’avoue très ouvertement movie snob, serais-je maintenant devenue adepte de lectures si sophistiquées? Pourtant, non. Il m’arrive d’apprécier un roman léger à l’ombre d’un arbre par une (rarissime) journée de congé l’été, notamment certaines œuvres appartenant à ce récent courant littéraire qu’est la chick litt, je dévore la plupart des magazines féminins et je suis parfois même totalement absorbée par un récit pour enfant (j’ai dû lire au moins une douzaine de fois la série de la Comtesse de Ségur ces vingt dernières années). Mais là, bof et re-bof.

L’auteure ne réinvente absolument pas la roue. Ce roman divertira sûrement la blasée en vous durant d’interminables trajets de métro, mais ne suscitera guère plus de sentiments. Et il ne donne pas vraiment envie de lire un éventuel autre bébé mal nourri de ladite auteure…

[Chiâlage gratuit, mais ô combien bienfaiteur]

Par surcroît, je commence à en avoir soupé de ces historiettes d’éternelles célibataires aux jobs tellement palpitants, au rythme de vie complètement déluré, dont les copinages impossibles procurent des pages et des pages de verbiage résolument ringard, alternant relations amoureuses époustouflantes et fiascos houleux. Vous savez, les ramassis d’aventures abracadabrantes d’adultes qui refusent de vieillir. Dans le genre, il y a certes quelques excellentes exceptions, à savoir le fort plaisant Bridget Jones, puis il y a, euh, attendez… euh. Bridget Jones?

À quand des romans qui relatent la vie d’une presque trentenaire qui s’échine quotidiennement à gagner sa vie et à abhorrer presque passionnément le lundi, embrigadée dans un emploi qui l’a choisie plus qu’elle ne l’a réellement choisi, toujours archi-exténuée lorsque arrive enfin le week-end et qui, malgré sa supposée jeunesse pimpante, n’a absolument pas envie de festoyer le mercredi soir puisqu’elle doit s’extirper de ses draps le lendemain alors que l’astre solaire n’a même pas encore daigné se lever et dont le principal passe-temps se résume à tenter de dormir parce qu’elle est bien trop fatiguée, de toutes façons, pour accomplir quoi que ce soit d’autre.

Certes, j’en conviens, ce synopsis n’a rien d’époustouflant à première vue. Je demeure cependant assez convaincue de pouvoir écrire une histoire totalement désopilante et/ou captivante, même si l’héroïne principale mène une vie irrémédiablement insipide. La preuve: ma vie a parfois (souvent) des airs de tranches de fromage Kraft (aplatie, au goût plus que douteux et de piètre qualité), et pourtant j’arrive à faire rigoler les gens en racontant les aléas de mon existence de salariée geignarde et d’incomprise chronique.

[/Chiâlage gratuit, mais ô combien bienfaiteur]

Bon, tant pis pour Gin tonic et concombre, auquel je préfère Vin rouge et roman de Jardin. ;) Prochaine critique: Chaque femme est un roman, d’Alexandre Jardin, dont la lecture est déjà nettement plus inspirante (mais je l’avoue, je suis assez vendue à cet auteur aussi brillant qu’égocentrique).

Petits récits sans conséquence… ou pas?

mai 21, 2008 - 6:53 No Comments

La rêveuse d\'OstendeLorsque j’ai aperçu ce livre sur les tablettes de la boutique Archambault du Complexe les Ailes il y a quelques semaines, j’ai été doublement séduite. L’auteur, d’abord.

Puis le titre. Je sais, je sais. Elle recommence, avec sa foutue Belgique, maugréerez-vous in petto. Eh oui, que voulez-vous. Il y a, dans le titre, le nom d’une ville de Belgique (que je n’ai malheureusement (heureusement ?) pas visitée, alors je ne pourrai l’évoquer dans ce billet, le regard embrumé par la nostalgie.).

Alors, aussi vrai que 2 et 2 font 4 (Étonnant! J’arrive à compter même sous antibiotiques et pourtant satanément affamée depuis les 72 dernières heures pour cause d’infection majeure de la gorge), j’ai attrapé au vol un des exemplaires et sans même prendre le temps d’en lire la description, je me suis dirigée vers le comptoir-caisse (où oh! j’ai croisé un certain chroniqueur culturel du Téléjournal de Radio-Canada, qui, bon sang ! devrait peut-être songer à prendre sa retraite et laisser sa place à un chroniqueur culturel digne de ce nom. Mais bon, encore une fois, je m’égare.).

Revenons à nos moutons – ou à nos nouvelles, devrais-je dire ! ;) J’ai terminé la lecture de ce recueil il y a environ 2 semaines. Au total, il comporte 5 nouvelles, que je qualifierais d’inégales en qualité et en originalité.

La première, qui donne son nom au bouquin (La rêveuse d’Ostende), est sans contredit celle que je préfère. Je l’ai trouvée mieux peaufinée et plus poétique que les autres. S’agissant là de courtes histoires, il est évident qu’elles ne peuvent être l’objet d’interminables envolées lyriques, mais bon, certains passages m’ont clairement laissée sur ma faim.

Quoique un peu prévisible (les autres le sont tout autant, sinon plus), cette nouvelle a de quoi charmer, par la douceur surannée de cette rêveuse ostendaise (l’auteur a-t-il été inspiré par cette chanson de Brel? Mystère.). Un écrivain, en quête d’un quelconque refuge pour s’évader d’une déconvenue amoureuse, se retrouve chez une dame âgée, qui vit entourée de bouquins et qui – mais on ne saurait en être sûr – semble avoir rêvé sa vie plus qu’elle ne l’a vécue. L’écrivain en vient à se demande s’il doit croire les secrets que sa logeuse lui livre. Celle-ci lui dépeint une liaison empreinte de passion, de romanesque et de sensualité, qu’elle aurait vécu il y a de cela fort longtemps, elle qui pourtant, aux yeux de tous, n’est qu’une vieille bonne femme sans histoire.

Ensuite, Crime parfait se veut le récit d’un le couple un peu trop parfait dont l’union sans tache se désagrège brusquement lorsque la femme, fabriquant de toutes pièces son propre malheur, commet un geste irréparable. En effet, celle-ci s’imagine que son époux lui cache un secret trop immense pour être irréprochable. Elle tentera d’échapper à sa curiosité morbide et à un vain désir de comprendre en attentant à la vie de son mari. Mais s’il ne s’agissait que d’un énorme et malheureux malentendu, en fait ? Elle ne le réalisera que trop tard… Encore une fois, il est facile de deviner l’issue de cette histoire, et la teneur générale de ce récit vaguement policier est un peu fade et ne m’a pas comblée “littérairement” parlant.

Puis, La guérison relate l’histoire d’une infirmière complexée par ses formes, qui noue une impossible relation avec un bellâtre aveugle et cloué à son lit d’hôpital à la suite d’un accident. La jeune femme se laisse séduire par le malade qui lui permet de se rendre désirable aux yeux des hommes. Malgré quelques vérités qui m’ont fait sourire, la trame de ce récit est par moments outrageusement convenue et sentimentaliste à la façon des romans Harlequin.

Féru de lectures sérieuses, le professeur à la personnalité acrimonieuse qui est l’un des protagonistes principaux de la nouvelle intitulée Les mauvaises lectures n’a que faire des fictions commerciales qu’il prétend ne pas vouloir s’abaisser à lire. Et pourtant, lors d’un voyage avec sa cousine, il se laissera tenter, à ses risques et périls…À l’instar des autres nouvelles, la fin de celle-ci s’entrevoit aisément. Toutefois, j’avouerai que la charpente de cette nouvelle est solidement ficelée et qu’elle m’a gardée en haleine.

La femme au bouquet est un récit sobre. Comme le titre l’indique, il y est question d’une vieille dame qui patiente bien sagement chaque jour depuis 15 ans à la gare de Zurich, bouquet à la main. Quel est cet donc énigmatique rendez-vous qui la renvoie fidèlement chaque jour au quai numéro trois? Et qu’attend-elle donc? Quelqu’un? Quelque chose?. (Tiens, encore une fois, cela me fait penser à des airs de Brel, qui chante souvent l’attente d’une bien-aimée, d’illusions ou même d’une mort qui tarde à venir.) Cette lecture ne changera en rien le cours de l’histoire, mais plonge le lecteur dans un questionnement quasi-sartrien.

En bref, dans ces cinq récits, tout n’est qu’illusion, rêverie et mystère. Il s’agit là d’un recueil de nouvelles pas mauvais en soi, plaisant à lire - simplement qu’on s’attend à mieux de la part de ce grand maître. Mais, évidemment, un auteur n’a pas la prétention de créer un chef d’œuvre chaque fois qu’il rédige et ça, je suis persuadée que Schmitt nous en a bien lucidement livré un exemple. Bien que la simplicité (volontaire ?) de ces récits étonne de la part de cet auteur, la forme générale des écrits n’est pas totalement dénuée d’élégance. Et, à mon humble avis, ce ne serait pas rendre justice à l’auteur que de croire en une écriture bêtement diluée, sans saveur, sans issue. Certes, ces cinq récits ne laisseront probablement une trace indélébile dans l’histoire littéraire, mais mon petit doigt me souffle que l’auteur en était tout à fait conscient et qu’il a plutôt voulu partager avec le lecteur son monde aux confins d’un existentialisme qui se traduit par la dernière phrase du bouquin: « Et je crois que, jusqu’à mon dernier jour, je me demanderai si c’était la mort ou l’amour qui descendit du train.» (p.311).

Dans un train en partance pour la vie, quelle en sera la destination ?

***

Schmitt, Éric-Emmanuel. La rêveuse d’Ostende. Publié chez Albin-Michel.