Beaucoup trop souvent, au cours de mon existence d’un peu plus d’un quart de siècle (donc, de presque trentenaire, ouch!!), je me suis persuadée que je n’étais pas douée pour le bonheur. Que je n’étais absolument pas abonnée à la sérénité. Que le jour où la paix intérieure est passée, j’étais absente, hors de ce monde, dans une obscure zone de néant.
À maintes reprises, j’ai eu cette contrariante impression qu’après une courte période de félicité, mon noir karma a toujours cherché à me faire payer pour tout le rose accumulé. Comme si je ne pouvais pas
m’accorder le droit au bonheur. Comme si, syndicalement parlant, le noir avait plus d’ancienneté, ne permettant pas au rose de poser le moindre grief.
Pourquoi ne pourrais-je pas être heureuse? Arrêter de m’en faire? Pourquoi est-ce si évident maintenant? Qu’est-ce qui s’est produit entre mes deux oreilles? Est-ce j’ai subitement atteint le nirvana? Le cas échéant, il ne me reste plus qu’à enfiler une robe orangée, me convertir au bouddhisme et devenir la première femme dalaï-lama.
Je sens que, depuis quelques temps, les étoiles se sont alignées en ma faveur. Après une période de turbulences, de naufrage, puis de cap vers une autre vie, après des angoisses à n’en plus finir, c’est en quelque sorte comme si j’avais épuisé ma réserve de stress (que je croyais pourtant inépuisable) et stoppé net cette foutue manie de me tourmenter pour pas grand chose, à bien y penser.
Une foule de circonstances et de dénouements qui font en sorte que je me sente bien, tout simplement.
- Dans quelques jours, je déménagerai (pour la troisième fois en l’espace d’un peu moins d’un an!) avec chéri. Nouvelle étape que j’accueille à bras ouverts.
- Je me sens plus zen, même dans des situations potentiellement (ou indubitablement!) stressantes - d’ailleurs, une de mes collègues me l’a fait remarqué cette semaine.
- J’irai à la cérémonie de la collation des grades demain. Ce n’était pas prévu au programme, la décision fut apparemment prise à la dernière minute par je ne sais quelle instance universitaire (faut croire que tous les domaines d’études ne jouissent pas la même notoriété… m’enfin je n’en ai rien à foutre de la médecine du petit orteil gauche ou de l’ingénierie de Dieu sait quoi) et malgré l’aspect résolument plus symbolique que pratique de cette cérémonie, ce sera en quelque sorte la cerise sur un sundae qui n’a jamais semblé entier à mes yeux. Car je n’ai jamais réellement savouré la fin de mes études (jusqu’à quand?) puisque tout s’est déroulé dans la foulée des événements éprouvants de 2007. Remise du TD fin avril alors que je me bouchais les yeux pour obturer une évidente brèche dans ma vie, réception des résultats fin juillet, au cours d’une période de profonde tourmente et d’ouragan existentiel, bulletin final en septembre alors que je m’efforçais de repartir à neuf et, finalement, le diplôme en novembre, cette première enveloppe qui m’était adressée à ma nouvelle adresse - la seule à ce jour où j’ai été, justement, seule à cette adresse.
- Je me suis payée des chaussures absolument superbes pour demain. Puisqu’il faut bien un peu de superficialité fifille pour atteindre le nirvana, tout spirituel qu’il soit. N’importe quelle shopaholic l’affirmera.
- J’ai reçu en tout près de 1400$ en retour d’impôts - montant auquel je ne m’attendais absolument pas! Le dieu des finances existe bel et bien. (Je me demande s’il est bouddhiste? Parce que bah, tant qu’à adhérer à une autre forme de spiritualité, aussi bien opter pour un culte comportant un dieu des finances aussi généreux.)
- Je me sens un peu mieux dans ma peau. [Lire : l'impossible est possible.] La preuve: j’ai diminué la quantité de fard derrière lequel je dissimulais une fragilité chronique. J’arrive, entre autres choses, à sortir de chez moi sans me tartiner de fond de teint (résultat: on discerne très nettement mes taches de rousseurs maintenant, mais bon, autant profiter de cette étape “who cares” et me foutre totalement de ces marques qui me redonne des airs d’enfance).
- À mon grand étonnement, des collègues de travail m’ont remis quelques certificats-cadeaux cet après-midi. Pour me remercier, tout simplement. Parce qu’elles apprécient ma propension à vouloir accomplir cette utopique tâche de rendre tout le monde heureux. J’ai accepté cette pensée la gorge nouée par l’émotion.
Sincèrement, je ne pourrais pas demander plus. À part peut-être un voyage en Europe, une Wii, une énormissime boîte de chocolats belges et une victoire des Italiens à l’Euro 2008.:D





