décembre 13th, 2008

Il y a quelques jours, j’ai terminé la lecture d’un livre qui s’intitule Je n’aurai pas le temps. Non, il n’y est absolument pas question des aléas de la vie d’un étudiant en fin de semestre dont les révisions sont bousculées par de fausses alertes, mais de l’autobiographie de l’astrophysicien Hubert Reeves.

J’ai toujours été étrangement fascinée par ce gaillard à la barbe blanche et à la verve brillante. La science est une discipline souvent rebutante pour les esprits moins cartésiens comme le mien. Toutefois, Reeves nous la fait découvrir comme s’il s’agissait toujours d’une histoire, simple, fluide, avec cette indéfectible passion  et une puissante étincelle qui transperce son regard rieur.  Grand communicateur et vulgarisateur, Hubert Reeves a ce don presque inné pour la transmission d’idées.

Dans Je n’aurai pas le temps, dont le titre est tiré d’une chanson de Michel Fugain, l’auteur relate différentes tranches de sa vie, son enfance, ses études, son parcours scientifique, les êtres qui l’ont inspiré, ses  nombreux projets et ses voyages. Il aborde en outre divers sujets qui ont marqué son existence, notamment la religion, la nature et la musique. Ce que j’apprécie tout particulièrement chez cet homme, c’est son caractère: Reeves possède un esprit vif, malgré son grand âge, ainsi qu’une incomparable ouverture sur le monde et une curiosité sans bornes. J’admire également son attachement à la culture et aux arts. Le savant barbu n’a rien de ce scientifique borné, hermétique, qui n’en a rien à cirer des arts. Au contraire, tout est propice à  la découverte. Je me désole en constatant que le monde contient trop peu d’êtres à son image…

À l’instar de bon nombre d’autobiographies, le lecteur a un peu droit à de l’autocongratulation et certaines données factuelles ou historiques qui lui échappent, mais le scientifique nous fait aussi part de ses échecs et de ses faiblesses. J’ai été assez étonnée d’apprendre qu’un homme de son calibre ait traversé une période assez sombre, qui l’a poussé jusqu’à douter de la vie.

On y découvre véritablement un être curieux et sensible qui, dans ses mémoires, se livre tel qu’il est. Je n’aurai pas le temps est le récit d’une vie intéressante, jalonnée de rencontres et découvertes qui auront façonné un homme d’une grandeur insoupçonnée.

Je n’aurai pas le temps, paru aux Éditions du Seuil, collection « Science ouverte », Paris, en avril 2008.
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novembre 8th, 2008

Trouvé ici, idée originalement tirée d’ici.

Je copie-colle la marche à suivre:

Marche à suivre:
1. Faites une liste de 10 livres que vous avez adorés ou qui vous ont marqués, et publiez-la sur votre blogue. Tous les styles littéraires sont permis. Seule restriction, si un livre fait partie d’une série, il doit pouvoir se lire de façon indépendante.
2. Avertissez Grominou ici, en incluant le lien vers votre billet.
3. Elle se chargera d’en tirer une méga-liste de tous les livres suggérés par les participants.
4. Dans la méga-liste, choisissez au moins 4 livres que vous lirez avant le 31 décembre 2009.
5. Optionnel: si vous écrivez une critique d’un de ces livres sur votre blogue, vous pourrez lui transmettre le lien et elle l’inclura dans la liste.
Date limite pour afficher votre liste de 10 trésors: 31 décembre 2008. Après cette date, vous pourrez tout de même participer au défi en choisissant 4 livres à lire, mais la méga-liste de trésors sera considérée comme définitive.

Voici donc ma liste, dans l’ordre ou le désordre. Un lien vous mènera vers une brève description de l’œuvre, issue d’un site externe, tandis que vous trouverez mes impressions en italiques sous chaque titre.

Lorsque j’étais une oeuvre d’art, Éric-Emmanuel Schmitt

Un des romans les plus marquants que j’aie lu. Le titre m’avait accroché, en grande amatrice d’art que je suis… Et j’ai été saisie par la critique acerbe que l’auteur fait de la société dans ce roman. L’histoire est dérangeante et provoque même un haut le coeur par moments. Finalement, les réflexions sur l’art et l’existence ne peuvent pas laisser indifférent. On ne se sort pas indemne de cette lecture, qui vient altérer notre vision de la vie.

Bille en tête, Alexandre Jardin

C’est ce livre qui a fait connaître Jardin, qui a d’ailleurs remporté un prix pour cet écrit.  Comme dans tous ses livres, Jardin y dépeint un univers abracadabrant, à la limite du burlesque. Des personnages aux relations qui virent en emberlificotements truculents, à la limite de l’improbable, et une plume exquise. Se lit rapidement. Un bon point de départ pour embrasser le monde d’Alexandre Jardin, avant qu’il ne devienne un peu trop imbu de lui-même…

La part de l’autre, Éric-Emmanuel Schmitt

Une oeuvre magistrale, une des meilleure de Schmitt à ce jour. L’univers qu’il dépeint présente le vrai et le faux, comment un homme dont l’univers bascule se transforme en monstre versus comment aurait été sa vie sans un élément déclencheur qui allait tout chambouler. L’auteur  décrit la vie dédoublée de Hitler comme si nous y assistions, comme si nous étions témoins de cette dissociation.

Quelqu’un d’autre, Tonino Benacquista

Encore une fois, une œuvre à saveur existentialiste polarisant toute l’intrigue vers la réflexion suivante: peut-on devenir quelqu’un d’autre? L’histoire est passionnante et l’écriture, solide. Le ton, toujours divertissant chez l’auteur, n’est jamais gratuit - celui-ci s’en sert pour raconter une tare, un côté obscur, une question en suspens… Un roman que l’on se dépêche de lire! Benacquista est une valeur sûre. À découvrir, si vous ne le connaissez pas déjà.

Orgueil et préjugés, Jane Austen

Un grand classique, lu et relu. Une histoire si belle, relatant l’évolution de personnages complexes , qui charment le lecteur avec leurs échanges romanesques. De plus, comment ne pas s’éprendre des protagonistes, humains et si attachants malgré leurs travers. L’auteure construit une narration remarquablement savoureuse. Un véritable coup de coeur!

Un matin je suis partie: Voyages d’une femme indépendante, Alice Steinbach

Une femme, des voyages, la découverte de soi à travers des périples qui la mènent un peu partout en Europe, voilà sans aucun doute ce qui m’a charmée de cette histoire. Une femme se raconte et se retrouve grâce à des voyages qui lui permettent de devenir réellement indépendante de tout… Je me suis sentie vraisemblablement “connectée” à l’histoire, car dans le fond, plusieurs passages ressemblent à ma propre expérience de vie. L’écriture, passionnée, nous plonge dans la peau du personnage central et nous fait, nous aussi, parcourir un itinéraire inoubliable.

Paroles, Jacques Prévert

Le recueil de poèmes et de textes qui m’a fait connaître (et aimer!) Prévert à l’aube de l’âge adulte. L’écriture dans toute sa splendeur. Des textes très variés nous plongent dans l’univers lyrique de Prévert. Il y a de tout, pour tous les goûts: l’amour, la vie quotidienne, le rapport à l’autre, l’enfance, la société, la politique, etc. Probablement un des livres que j’ai le plus recommandé.

Huis Clos, Jean-Paul Sartre

Une pièce de théâtre lue en secondaire 5 qui m’a fait connaître Sartre. Les dialogues de cette saynète gravitent autour du thème cher à Sartre: l’existentialisme. L’homme prend conscience de l’absurdité de son existence par le biais de l’obsession de soi et du regard des autres. Remarquable, efficace, bien écrit.

Chasing Harry Winston, Lauren Weisberger

La chick lit à son meilleur! J’ai beau être férue des récits  plus cérébraux, j’aime bien de temps à autres me permettre une lecture purement ludique!. En fait, il s’agit de littérature féminine mais avec une aspect résolument psychologique puisque ce roman nous permet de côtoyer le quotidien de trois amies et de saisir toute l’ampleur de leurs désirs, leurs ambitions, leurs peurs et ainsi de suite. Certains passages, certains événements vécus par les personnages m’ont fait sentir très proches de celles-ci. J’ai lu ce récit à l’aube d’un tournant de ma vie et je crois que c’est ce qui a fait en sorte que je me suis reconnue dans leur vie. Probablement mon préféré parmi les trois bouquins de Weisberger. Amusant, brillant. Je lis toujours cette auteure dans la langue de Shakespeare pour mieux profiter de sa plume distrayante.

Les petites filles modèles, Comtesse de Ségur

Ce livre a bercé mon enfance, par ces récits tout en douceur . Je me suis toujours sentie  très liée aux personnages si généreux, si indulgents.  Je crois même avoir élevé ces deux petites filles sur un piédestal dans ma tête d’enfant (déjà) en quête de perfection. La Comtesse de Ségur  y brosse le portrait d’une époque que je n’ai pas connue et qui n’est pas dénuée d’un charme suranné. Mignon, attachant.

Ouf! Dur dur de n’en choisir que 10!

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septembre 6th, 2008

Allez savoir pourquoi Morphée a décidé de me bouder, malgré le fait que je n’aie pas fermé l’oeil la nuit passée. En attendant que le sommeil veuille bien de moi, je réponds au questionnaire trouvé ici, en terminant une bouteille de rouge (bah quoi, la semaine a été particulièrement ardue), avec en arrière-plan la trame sonore de Mamma Mia (la Blogueuse Cornue étant une quétaine pathétiquement assumée.)

1. Quel(s) souvenir(s) gardez-vous de votre apprentissage de la lecture ?

Il me semble que ça s’est fait tout seul, probablement parce que j’ai toujours aimé les mots.

2. Vos lectures préférées, enfant ?

Martine, Tintin, les récits de la Comtesse de Ségur. À l’adolescence, j’ai dévoré tous les récits de Lucy Maud Montgomery, les romans jeunesse de Dominique Demers.

3. Aimez-vous la lecture à haute voix ?

Pas particulièrement. À moins que je lise pour des enfants. Ou parfois (c’était surtout le cas pour des travaux scolaires, ou encore au boulot) je relis mes écrits à haute voix pour voir si mes phrases font du sens

4. Votre conte préféré ?

De manière générale, ceux de Félix Leclerc.

5. La meilleure adaptation d’un roman ou d’une pièce de théâtre ?

Mon film préféré est issu d’un roman que, étonnamment, je n’ai jamais réussi à lire entièrement, bien que j’en aie entamé la lecture à deux ou trois reprises. Il s’agit de Z, initialement écrit par Vassilis Vassilikos. Le livre est quelque peu rebutant, voire barbant. J’ai du mal à expliquer pourquoi. Le style, sans doute. Toutefois, le film vaut certainement (et deux fois plutôt qu’une!) l’Oscar qu’il s’est mérité en 1969.

6. Apprenez-vous par cœur certains poèmes, répliques de théâtre, extraits de romans ?

Rarement. Le par coeur me pue au nez pour avoir trop récité d’idiotes leçons tout au long de mes études.

7. Avez-vous des livres ou des magazines dans vos toilettes ?

*Ahem* Parfois des magazines traînent dans la salle du trône.

8. Avez-vous plusieurs lectures en chantier ? Combien ? Lesquelles ?

J’ai quelque peu laissé en plan Chaque femme est un roman, d’Alexandre Jardin, de même que Chaos calme de Sandro Veronesi pour m’attaquer à Manuel de manipulation : Pour obtenir (presque) tout ce que vous voulez de Gilles Azzopardi et Je n’aurai pas le temps d’Hubert Reeves. Je vogue souvent d’un bouquin à un autre, infidèlement. Puis, je reprends où j’ai laissé.

10. Le livre que vous avez lu le plus rapidement ? Le plus lentement ?

Je ne lis pas très vite. Par contre, lorsque je suis plongée dans un roman policier captivant ou de la “chick lit” divertissante, il m’arrive d’accélérer la vitesse de croisière. Je lis lentement lorsque l’intérêt n’y est pas, par exemple lorsqu’il s’agissait de fastidieuses lectures scolaires. Aujourd’hui, une lecture m’assomme particulièrement? J’abrège les souffrances, punto finale.

11. Préférez-vous les éditions de poche aux originales ? Pourquoi ?

Ça m’est égal! J’aime les livres, quels qu’ils soient.

12. Le(s) livre(s) que vous ne rangez jamais dans votre bibliothèque et qui traînent toujours ?

Il y a toujours quelques bouquins qui traînent ici et là. Et pour cause: je suis une traîneuse chronique.

13. Quel est votre rapport physique à la lecture ? Assis ? Couché ? Debout ?

J’adopte souvent la position assise, une jambe sous les fesses. Jusqu’à ce qu’un fourmillement se fasse sentir et m’oblige à opter pour une autre position.

14. Vos lectures sont-elles commentées, crayon en main ?

Étant donné ma loooooongue vie d’étudiante, nombreux sont les livres annotés de ma plume. Aujourd’hui, la chose est plus rare, bien que je souligne régulièrement des passages qui m’interpellent dans les livres qui croisent ma route.

15. Offrez-vous des livres ?

De temps à autres.  C’est un cadeau que j’aime offrir et j’essaie de personnaliser le choix du livre.

16. La plus belle dédicace, que ce soit de l’auteur ou de la personne qui vous l’a offert ?

Ma marraine dédicace la plupart des livres qu’elle m’offre. Sinon, je tuerais un premier ministre conservateur pour une dédicace d’Éric-Emmanuel Schmitt.

17. Quel est votre rapport sensuel au livre ? (Odeur, texture,…)

Je voue un culte quasi-fétichiste aux livres usagés. Le vécu inhérent à ces feuillets m’inspire vivement.

18. Quels sont les auteurs dont vous avez lu les œuvres intégrales ?

Pour la plupart pas intégralement, mais presque: Félix Leclerc, Paulo Coehlo, Tonino Benacquista, Éric-Emmanuel Schmitt, Kathy Reichs, Lucy Maud Montgomery, la Comtesse de Ségur, Hergé, Alexandre Jardin, Lauren Weisberger, Jacques Prévert, Jean-Paul Sartre.

19. Un livre qui vous a particulièrement fait rire ?

La plume de Lauren Weisberger me fait rigoler.

20. Un livre qui vous a particulièrement émue ?

L’autobiographie de Simonne Monet-Chartrand.

21. Le livre qui vous a terrifiée ?

Bah. Adolescente, j’ai lu la série “Frissons” et certains m’ont légèrement apeurée, sans plus. Je ne suis pas une adepte des lectures axées vers l’épouvante. Non, attendez, je rectifie. La lecture du programme du parti conservateur m’a terriblement horrifiée.

22. Le livre qui vous a fait pleurer ?

Un livre que j’avais offert à ma marraine pour son anniversaire et qu’elle m’a ensuite prêté. Il s’agit d’un roman de Dominique Demers intitulé Le Pari. Le début m’avait pourant laissé indifférente, mais peu à peu, j’ai été happée par l’histoire. Un livre m’a rarement soutiré autant de sanglots.

23. L’avertissement / L’introduction qui vous a le plus marquée ?

Ce devait être un livre d’art bien qu’à l’heure actuelle ma mémoire soit plutôt défaillante.

24. Le titre le plus marquant, original, décalé, astucieux ?

Je choisis régulièrement des livres pour leurs titres. Sans véritablement inspecter la jaquette. Parfois, ce peut être trompeur (La fin de la folie de Jorge Volpi, m’a décontenancée et je ne pourrais pas vraiment décrire mon réel sentiment face à cet écrit- en tout cas, il ne m’a pas particulièrement plu). Généralement, le coup de foudre pour un titre particulièrement inventif peut porter fruit. C’est notamment le cas d’Éric-Emmanuel Schmitt et Lauren Weisberger, pour ne mentionner que ceux-là. Lorsque j’étais une oeuvre d’art de Schmitt est l’un des titres qui m’a sans doute le plus interpellé. Je me suis rendue illico au comptoir-caisse, sans trop savoir à quoi m’attendre. Le résultat fut foudroyant: un récit génialissime, provoquant un haut-le-coeur doublé d’une inévitable réflexion sur le sens de la vie et de l’art.

25. Décrivez votre bibliothèque ?

Éclectique. Beaucoup, beaucoup de livres d’art. Une section muséologie, patrimoine et essais artistiques. De très nombreux romans. Un peu de poésie. Un assez large segment comportant dictionnaires et ouvrages de références, toutes langues confondues. Quelques ouvrages de cuisine et une section vouée aux sciences occultes (réminiscence d’une période ésotérico-médiévale). Plusieurs B.D., quelques biographies.

26. Les livres dont vous vous êtes finalement débarrassé ?

La plupart des romans jeunesse que je possédais. Je le regrette un peu maintenant. Sinon, quelques ouvrages qui m’ont fait galérer: La nuit des temps de Barjavel ; un roman de Nathalie Sarraute dont je ne me souviens même plus et je n’étais certainement pas allée au-delà du tiers ; Le 13e chevalier (bouquin chopé dans un bazar de sous-sol d’église, et jamais seulement ouvert, car de toutes façons, la version cinématographique n’avait absolument rien de saisissant). Je crois que les romans de Gabrielle Roy subiront bientôt le même sort (sorry! cette auteure provoque chez moi une réaction allergique…)

27. L’endroit le plus insolite où vous lisez ?

Étendue de tout mon long sur le dur plancher? Debout à l’arrêt d’autobus par une chaleur torride? Rien d’exceptionnel, quoi. Je n’arrive pas encore à lire en état de lévitation.

28. Il ne vous reste que trois jours à vivre : que souhaitez-vous lire ou relire ?

Orgueil et préjugés de Jane Austen. Un classique qui me plaît chaque fois toujours autant. C’est l’évidence même, on a beau savoir que Darcy s’éprendra à coup sûr d’Elizabeth Benneth, rien à faire, le plaisir renouvelé  n’en est pas moins jouissif d’une fois à l’autre.

29. Votre livre d’art préféré ?

La question à 100 piasses. Je possède quantité de livres d’art, vu ma formation en histoire de l’art et en muséologie et vu, aussi, mon intérêt profond envers les arts. Il m’est impossible de n’en nommer qu’un seul!

30. La bibliothèque idéale ?

La mienne, augmentée de tous les titres qui me font envie. Grosso modo, la bibliothèque de mes rêves ferait presque concurrence à  la BANQ.

31. L’incipit qui vous a le plus marquée ?

La mémoire est une faculté qui oublie. Je n’ai pas non plus tellement tendance à me souvenir des débuts de bouquins. Sauf peut-être L’Étranger de Camus. Le roman comme tel ne m’a pas vraiment charmé, mais lire un truc du genre à 16-17 ans, ça marque puissamment: Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas.

32. La clausule qui vous a le plus marquée ?

Variable avec le temps, selon mes lectures. Dernièrement, j’ai bien aimé, dans La rêveuse d’Ostende de Schmitt, cette phrase à la toute fin: Et je crois que, jusqu’à mon dernier jour, je me demanderai si c’était la mort ou l’amour qui descendit du train.

Bon, maintenant, je peux aller rejoindre Morphée, vous croyez?

juin 4th, 2008

J’ai terminé la lecture de Gin tonique et concombre de Rafaële Germain il y a quelques jours. J’avoue l’avoir acheté sur un total coup de tête. Le premier roman de l’auteure, Soutien-gorge rose et veston noir, m’a plu et a probablement catalysé mon envie de me procurer ce livre. Plutôt prévisible et malgré tout charmant, Soutien-gorge rose et veston noir a l’étoffe d’un roman féminin attachant. Qui donne envie d’acheter les autres bébés dont la romancière accouchera éventuellement, quoi.

En quelques mots (des mots pas du tout biaisés *ahem*), Gin tonic et concombre raconte l’histoire d’une jeune femme prénommée Marine, arborant un début-trentaine prétendument torturé (disons seulement que les héroïnes de romans ne sont pas toutes aux prises avec les mêmes dilemmes existentiels…). Marine est une de ces banales créatures encore tellement ado, empêtrée dans cette sempiternelle recherche de l’amour, enfouie sous une peur de l’engagement et de je ne sais quoi encore, peut-être d’un peu trop d’alcool et plus sûrement d’amitiés homme-femme toujours complexes et souvent ambiguës, qui dans la vraie vie aurait tôt fait de se désagréger comme l’émail de mes dents.

Ce roman m’a soutiré de gros soupirs d’exaspération. De gros gros soupirs. L’auteure est carrément tombée dans le déjà vu. Non, le déjà lu.

Je m’étais peut-être fait des attentes trop élevées. Le style de ce roman est tellement ordinaire et les rebondissements si absents de tout, euh, rebondissement, que lorsque j’ai refermé le bouquin, j’ai eu l’impression d’avoir été victime d’une atroce machination. D’avoir cédé à un coup de marketing trop bien ficelé.

Suis-je une lectrice à ce point exigeante? Je m’avoue très ouvertement movie snob, serais-je maintenant devenue adepte de lectures si sophistiquées? Pourtant, non. Il m’arrive d’apprécier un roman léger à l’ombre d’un arbre par une (rarissime) journée de congé l’été, notamment certaines œuvres appartenant à ce récent courant littéraire qu’est la chick litt, je dévore la plupart des magazines féminins et je suis parfois même totalement absorbée par un récit pour enfant (j’ai dû lire au moins une douzaine de fois la série de la Comtesse de Ségur ces vingt dernières années). Mais là, bof et re-bof.

L’auteure ne réinvente absolument pas la roue. Ce roman divertira sûrement la blasée en vous durant d’interminables trajets de métro, mais ne suscitera guère plus de sentiments. Et il ne donne pas vraiment envie de lire un éventuel autre bébé mal nourri de ladite auteure…

[Chiâlage gratuit, mais ô combien bienfaiteur]

Par surcroît, je commence à en avoir soupé de ces historiettes d’éternelles célibataires aux jobs tellement palpitants, au rythme de vie complètement déluré, dont les copinages impossibles procurent des pages et des pages de verbiage résolument ringard, alternant relations amoureuses époustouflantes et fiascos houleux. Vous savez, les ramassis d’aventures abracadabrantes d’adultes qui refusent de vieillir. Dans le genre, il y a certes quelques excellentes exceptions, à savoir le fort plaisant Bridget Jones, puis il y a, euh, attendez… euh. Bridget Jones?

À quand des romans qui relatent la vie d’une presque trentenaire qui s’échine quotidiennement à gagner sa vie et à abhorrer presque passionnément le lundi, embrigadée dans un emploi qui l’a choisie plus qu’elle ne l’a réellement choisi, toujours archi-exténuée lorsque arrive enfin le week-end et qui, malgré sa supposée jeunesse pimpante, n’a absolument pas envie de festoyer le mercredi soir puisqu’elle doit s’extirper de ses draps le lendemain alors que l’astre solaire n’a même pas encore daigné se lever et dont le principal passe-temps se résume à tenter de dormir parce qu’elle est bien trop fatiguée, de toutes façons, pour accomplir quoi que ce soit d’autre.

Certes, j’en conviens, ce synopsis n’a rien d’époustouflant à première vue. Je demeure cependant assez convaincue de pouvoir écrire une histoire totalement désopilante et/ou captivante, même si l’héroïne principale mène une vie irrémédiablement insipide. La preuve: ma vie a parfois (souvent) des airs de tranches de fromage Kraft (aplatie, au goût plus que douteux et de piètre qualité), et pourtant j’arrive à faire rigoler les gens en racontant les aléas de mon existence de salariée geignarde et d’incomprise chronique.

[/Chiâlage gratuit, mais ô combien bienfaiteur]

Bon, tant pis pour Gin tonic et concombre, auquel je préfère Vin rouge et roman de Jardin. ;) Prochaine critique: Chaque femme est un roman, d’Alexandre Jardin, dont la lecture est déjà nettement plus inspirante (mais je l’avoue, je suis assez vendue à cet auteur aussi brillant qu’égocentrique).

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mai 21st, 2008

La rêveuse d\'OstendeLorsque j’ai aperçu ce livre sur les tablettes de la boutique Archambault du Complexe les Ailes il y a quelques semaines, j’ai été doublement séduite. L’auteur, d’abord.

Puis le titre. Je sais, je sais. Elle recommence, avec sa foutue Belgique, maugréerez-vous in petto. Eh oui, que voulez-vous. Il y a, dans le titre, le nom d’une ville de Belgique (que je n’ai malheureusement (heureusement ?) pas visitée, alors je ne pourrai l’évoquer dans ce billet, le regard embrumé par la nostalgie.).

Alors, aussi vrai que 2 et 2 font 4 (Étonnant! J’arrive à compter même sous antibiotiques et pourtant satanément affamée depuis les 72 dernières heures pour cause d’infection majeure de la gorge), j’ai attrapé au vol un des exemplaires et sans même prendre le temps d’en lire la description, je me suis dirigée vers le comptoir-caisse (où oh! j’ai croisé un certain chroniqueur culturel du Téléjournal de Radio-Canada, qui, bon sang ! devrait peut-être songer à prendre sa retraite et laisser sa place à un chroniqueur culturel digne de ce nom. Mais bon, encore une fois, je m’égare.).

Revenons à nos moutons – ou à nos nouvelles, devrais-je dire ! ;) J’ai terminé la lecture de ce recueil il y a environ 2 semaines. Au total, il comporte 5 nouvelles, que je qualifierais d’inégales en qualité et en originalité.

La première, qui donne son nom au bouquin (La rêveuse d’Ostende), est sans contredit celle que je préfère. Je l’ai trouvée mieux peaufinée et plus poétique que les autres. S’agissant là de courtes histoires, il est évident qu’elles ne peuvent être l’objet d’interminables envolées lyriques, mais bon, certains passages m’ont clairement laissée sur ma faim.

Quoique un peu prévisible (les autres le sont tout autant, sinon plus), cette nouvelle a de quoi charmer, par la douceur surannée de cette rêveuse ostendaise (l’auteur a-t-il été inspiré par cette chanson de Brel? Mystère.). Un écrivain, en quête d’un quelconque refuge pour s’évader d’une déconvenue amoureuse, se retrouve chez une dame âgée, qui vit entourée de bouquins et qui – mais on ne saurait en être sûr – semble avoir rêvé sa vie plus qu’elle ne l’a vécue. L’écrivain en vient à se demande s’il doit croire les secrets que sa logeuse lui livre. Celle-ci lui dépeint une liaison empreinte de passion, de romanesque et de sensualité, qu’elle aurait vécu il y a de cela fort longtemps, elle qui pourtant, aux yeux de tous, n’est qu’une vieille bonne femme sans histoire.

Ensuite, Crime parfait se veut le récit d’un le couple un peu trop parfait dont l’union sans tache se désagrège brusquement lorsque la femme, fabriquant de toutes pièces son propre malheur, commet un geste irréparable. En effet, celle-ci s’imagine que son époux lui cache un secret trop immense pour être irréprochable. Elle tentera d’échapper à sa curiosité morbide et à un vain désir de comprendre en attentant à la vie de son mari. Mais s’il ne s’agissait que d’un énorme et malheureux malentendu, en fait ? Elle ne le réalisera que trop tard… Encore une fois, il est facile de deviner l’issue de cette histoire, et la teneur générale de ce récit vaguement policier est un peu fade et ne m’a pas comblée “littérairement” parlant.

Puis, La guérison relate l’histoire d’une infirmière complexée par ses formes, qui noue une impossible relation avec un bellâtre aveugle et cloué à son lit d’hôpital à la suite d’un accident. La jeune femme se laisse séduire par le malade qui lui permet de se rendre désirable aux yeux des hommes. Malgré quelques vérités qui m’ont fait sourire, la trame de ce récit est par moments outrageusement convenue et sentimentaliste à la façon des romans Harlequin.

Féru de lectures sérieuses, le professeur à la personnalité acrimonieuse qui est l’un des protagonistes principaux de la nouvelle intitulée Les mauvaises lectures n’a que faire des fictions commerciales qu’il prétend ne pas vouloir s’abaisser à lire. Et pourtant, lors d’un voyage avec sa cousine, il se laissera tenter, à ses risques et périls…À l’instar des autres nouvelles, la fin de celle-ci s’entrevoit aisément. Toutefois, j’avouerai que la charpente de cette nouvelle est solidement ficelée et qu’elle m’a gardée en haleine.

La femme au bouquet est un récit sobre. Comme le titre l’indique, il y est question d’une vieille dame qui patiente bien sagement chaque jour depuis 15 ans à la gare de Zurich, bouquet à la main. Quel est cet donc énigmatique rendez-vous qui la renvoie fidèlement chaque jour au quai numéro trois? Et qu’attend-elle donc? Quelqu’un? Quelque chose?. (Tiens, encore une fois, cela me fait penser à des airs de Brel, qui chante souvent l’attente d’une bien-aimée, d’illusions ou même d’une mort qui tarde à venir.) Cette lecture ne changera en rien le cours de l’histoire, mais plonge le lecteur dans un questionnement quasi-sartrien.

En bref, dans ces cinq récits, tout n’est qu’illusion, rêverie et mystère. Il s’agit là d’un recueil de nouvelles pas mauvais en soi, plaisant à lire - simplement qu’on s’attend à mieux de la part de ce grand maître. Mais, évidemment, un auteur n’a pas la prétention de créer un chef d’œuvre chaque fois qu’il rédige et ça, je suis persuadée que Schmitt nous en a bien lucidement livré un exemple. Bien que la simplicité (volontaire ?) de ces récits étonne de la part de cet auteur, la forme générale des écrits n’est pas totalement dénuée d’élégance. Et, à mon humble avis, ce ne serait pas rendre justice à l’auteur que de croire en une écriture bêtement diluée, sans saveur, sans issue. Certes, ces cinq récits ne laisseront probablement une trace indélébile dans l’histoire littéraire, mais mon petit doigt me souffle que l’auteur en était tout à fait conscient et qu’il a plutôt voulu partager avec le lecteur son monde aux confins d’un existentialisme qui se traduit par la dernière phrase du bouquin: « Et je crois que, jusqu’à mon dernier jour, je me demanderai si c’était la mort ou l’amour qui descendit du train.» (p.311).

Dans un train en partance pour la vie, quelle en sera la destination ?

***

Schmitt, Éric-Emmanuel. La rêveuse d’Ostende. Publié chez Albin-Michel.

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