août 19th, 2008

En matinée, après avoir donné un coup de pouce à une éducatrice quelque peu moqueuse, celle-ci m’a remerciée en m’annonçant à la blague qu’elle était tellement contente qu’elle allait m’épouser. Déclaration qui a suscité des effusions de rire chez trois fillettes de cinq ans.

- Voyons donc! Tu ne peux pas te marier avec elle, c’est une fiiiiiiiilllllle! a pouffé la petite J.

T. et L. ont renchérit en ajoutant qu’une maman devait nécessairement épouser un papa. L’éducatrice, qui a la langue bien pendue, a répondu aux gamines que pourtant Ellen Degeneres et Portia De Rossi venaient de convoler en justes noces. Évidemment, les trois petites espiègles n’ont pas saisi cette allusion et ont continué à vaquer à leurs occupations en se raillant encore de deux adultes qui racontaient vraisemblablement des plaisanteries sans queue ni tête.

Dans ma tête a germé une pensée, cependant.

En septembre, nous accueillerons une fillette qui a deux mamans. Ce couple de lesbiennes a également un bambin, qui entrera éventuellement lui aussi à la garderie. Les deux femmes ont avoué avoir eu du mal à faire comprendre à leur ancienne éducatrice, qui opérait une garderie en milieu familial, que le bricolage pour la fête des pères n’avait pas sa place. Elles ont dû faire face à de nombreux blocages de part et d’autre d’une société qui tend à s’ouvrir mais encore trop peu.

Tant à la garderie qu’à l’école, la notion de couple est presque exclusivement représentée par des unions de sexes opposés. La situation paraît encore relativement inhabituelle, j’en conviens. Toutefois, les éducateurs et éducatrices, les professeurs et toute personne qui gravite autour des tout-petits devront un jour ou l’autre donner l’heure juste à une marmaille qui a soif de savoir.

Comment faire comprendre aux enfants que leur nouvelle amie a deux mamans, mais pas de papa? Il serait intéressant de voir comment l’éducatrice abordera la question auprès des enfants. À moins que, par fausse pudeur, elle passe outre à cette notion pourtant pas si délicate.

Malgré tout, je crois fermement que les enfants sont plus ouverts qu’on ne veut bien le croire. La tolérance, le respect, l’ouverture aux autres et la saine curiosité s’apprennent dès le plus jeune âge. Montrons-leur que deux mamans ou deux papas qui s’aiment forment aussi une famille. Ce n’est pas sorcier. D’ici quelques années, ce seront eux qui inculqueront aux grands ce respect de l’autre. Parce qu’un monde où toutes les différences se côtoient sans préjudice correspond parfaitement à ce que devrait être la vraie nature de l’humanité.

***

En terminant, quelques faits:

À la suite de la légalisation du mariage des personnes de même sexe partout au Canada en juillet 2005, les couples mariés de même sexe ont été dénombrés pour la première fois lors du Recensement de 2006.

En 2006, 45 300 couples de même sexe ont été dénombrés lors du recensement. De ce nombre, 7 500, ou 16,5 %, étaient mariés.

Le Canada est le troisième pays au monde à avoir légalisé le mariage des couples de même sexe, après les Pays-Bas (2000) et la Belgique (2003). L’Espagne (2005) et l’Afrique du Sud (2006) ont été les quatrième et cinquième pays à ce chapitre. D’autres pays ont adopté diverses lois et politiques dans ce domaine. Ainsi, Israël reconnaît les mariages de conjoints de même sexe contractés dans d’autres pays. Aux États-Unis, le Massachusetts a légalisé le mariage de conjoints de même sexe en 2004; c’est le seul état américain à l’avoir fait à ce jour.

[...]

Moins d’une personne sur dix vivant au sein d’un couple de même sexe avait un enfant à la maison. Environ 9,0 % des personnes vivant au sein de couples de même sexe avaient des enfants en 2006. Cette situation était plus fréquente chez les femmes vivant au sein de couples de couples de même sexe (16,3 %), que chez les hommes (2,9 %).

Les conjoints de même sexe mariés sont plus susceptibles d’avoir des enfants à la maison que les partenaires de même sexe vivant en union libre, particulièrement chez les femmes.

Données issues de Recensement de 2006: Continuité et changement dans les familles et les ménages du Canada en 2006

juillet 18th, 2008

Travaillant dans un centre de la petite enfance, chaque jour, je reçois une indénombrable quantité d’appels de supplication de la part de parents désabusés, en quête d’une place pour leur chérubin. Chaque jour, la liste s’allonge. S’allonge. S’allonge à un point tel que la possibilité de recevoir une réponse positive de notre part avant l’âge de la majorité de l’enfant s’avère quasi impensable. J’exagère, mais ohhh, à peine, vous  vous en doutez sûrement.

Récemment, le gouvernement québécois a semé à tout vent une vague de largesses en matière de programmes parentaux, histoire d’encourager la conciliation travail-famille et plus probablement un taux de natalité plus qu’insuffisant. Certaines mesures (l’assurance parentale, notamment), entrées en vigueur en janvier 2006 ont provoqué  un mini baby-boom qui n’a fait qu’accroître de manière accablante la pénurie de places dans les CPE. Depuis le milieu de l’année 2006, cette lacune se fait sentir à la puissance 500.

Et puisque je suis ce genre de personne auxquelles les gens se confient (avec parfois un peu trop d’aisance et d’impudeur, mais bon), j’entends chaque jour tout un lot de révélations toutes plus larmoyantes les unes que les autres. Certaines personnes m’ont affirmé que quelques employés de CPE se sont carrément foutu de leur gueule lorsqu’ils ont passé un coup de fil pour mettre le nom de leur poupon sur la liste d’attente. Des mères éplorées se voient dans l’obligation de rester à la maison avec junior faute d’un endroit pour l’accueillir durant les heures de travail. Certains me supplient de leur prêter main-forte, je perçois souvent un profond désarroi dans leur ton de voix. On me demande quoi faire pour que la situation change.

Mes solutions?

  1. Arrêter de faire des enfants (mais j’en conviens, je me ferais allègrement pitcher des roches si je répondais réellement cela);
  2. Harceler tous les agents du ministère de la Famille et des Aînés (nous pourrions embaucher les employés du centre d’appel de Bell, qui (par un heureux hasard!) importunent les clients et non-clients toujours au mauvais moment et un peu trop fréquemment au cours d’une même semaine);
  3. Demander à la charmante ministre de la Famille de s’occuper de tous les bambins qui n’auront pu obtenir une place en garderie. Hein, qu’en dites-vous? J’aime particulièrement cette solution.

De deux choses l’une. Soit le gouvernement n’a pas fait ses devoirs et a mis en application cette nouvelle politique familiale sans songer aux conséquences - plus de bébés égale nécessairement un plus grand besoin en CPE, pas besoin de clôner le cerveau d’Einstein pour arriver à une telle déduction. Soit il a attendu de voir jusqu’à quel point les bénéfices accordés aux parents auraient réellement une incidence sur le nombre de naissances. Dans l’un ou l’autre des cas, de toutes façons, il manquait DÉJÀ quelques centaines, voire quelques milliers de places en CPE.

Mince (le terme décharnée conviendrait mieux) lueur d’espoir à l’horizon: le ministère de la Famille propose la création de 220 000 places d’ici 2012. Trop peu trop tard. En 2012, un gamin né aujourd’hui aurait 4 ans (oui, je n’ai pas échoué mes maths 436 et 536, étonnant considérant le fait que je passais le plus clair de mes cours de maths à dessiner, mais bon, il s’agit d’une toute autre histoire qui n’a absolument aucun lien avec ce billet).

Qui sait, peut-être qu’à force de siéger auprès d’un parti de l’opposition prônant des valeurs rétrogrades, nos gentils élus se sont dit qu’il était grand temps que les femmes retournent à la maison pour une durée indéterminée.

La question que je me pose, maintenant: qu’arrivera-t-il une fois que toute cette marmaille aura l’âge de fréquenter l’école? Des institutions scolaires ont déjà fermé leurs portes faute de clientèle. Que répondra-t-on cette fois aux parents éplorés? Désolés, enseignez vous-mêmes les maths et le français à votre progéniture, car notre école affiche complet.

***

Dans un tout autre ordre d’idée (mais pas trop), je vous avouerai que mon emploi m’en fait voir de toutes les couleurs. Simplement les parents, par exemple. C’est à se demander, parfois, s’ils descendent tout droit d’une galaxie vraiment lointaine.

Un seul exemple parmi tant d’autres: une mère fortunée et pourtant radine s’entête à ne laisser aux éducatrices que 2  seules couches par jour pour sa fillette à la pouponnière. Comme si un enfant se limitait quotidiennement à deux petits besoins. Et cette même mère s’est révoltée lorsqu’elle a su que les éducatrices avaient  osé amener sa précieuse progéniture à l’extérieur. La raison de ses protestations (ma foi injustifiées - un enfant a besoin de prendre l’air)?  La petite pourrait manger du gazon et du sable. Hum. J’ai passé une partie de mon enfance à ingurgiter volontairement des roches et je suis une adulte tout ce qu’il y a de plus normal (ahem). Vous êtes peut-être portés à croire qu’il s’agit d’une nouvelle maman terrorisée et non pas une névrosée. Il n’en est rien. Cette gente dame en est à son troisième enfant et se comporte exactement de la même façon qu’à ses deux premiers.

Elle, elle devrait rester à la maison pour s’occuper de sa marmaille comme bon lui semble.

***

En terminant, comme a si savamment affirmé le petit S.: On peut pas avoir d’autres enfants à la garderie, parce qu’un moment donné, il va y en avoir trop et la garderie va exploser!!!!!

Tenez, le voilà, l’argument-massue pour messieurs dames du gouvernement.

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