Mea culpa. Mon mutisme des derniers jours est volontaire. Il m’a fallu cette carapace. Il m’a fallu ce refuge de silence pour que je puisse enfin recouvrer mes moyens.
Trop d’émotions négatives, trop d’angoisse. Vendredi soir dernier, après l’apparition subite de symptômes alarmants, nous décidions de faire nos adieux à Merlin, notre gros matou qui ne passera jamais le cap des six ans. Vous comprendrez que mon humeur n’avait rien de très gai. Perdre deux chats de pareille façon en l’espace de moins d’un an et demi a de quoi rendre à court de mots…
Mais puisqu’il faut bien que le deuil se fasse, me revoilà. Avec, dans le coeur et dans la tête, le souvenir d’un chat gourmand, affectueux, parfois craintif malgré son poids vénérable, un amour de chat, sans malice, empâté à en être rigolo, un superbe félin que la vie m’a arraché trop tôt…
Depuis quelques temps, il semblerait qu’on me confonde avec une entité cadavérique quelconque. À un point tel que mon joli minois de déterrée ornera la pochette du prochain coffret DVD de Bones, au lieu de l’habituel squelette. Je trouve déprimant le fait qu’il ne se passe pas une journée sans qu’on me fasse remarquer à quel point je n’ai pas l’air bien ou que je semble très fatiguée.
Je travaille effectivement beaucoup trop et je dois jongler avec des situations pas toujours très évidentes. Et d’ici à ce que ma recherche d’emploi ne s’amorce plus concrètement, je vais devoir persévérer (ou attendre d’être la détentrice d’un billet de loto gagnant, chose qui ne risque pas de se produire dans un futur rapproché, étant donné mon inintérêt pour les loteries). Mais bonne nouvelle, demain je rencontre une conseillère du service à l’emploi de l’université, car mon CV a grandement besoin d’un dépoussiérage en bonne et due forme (tronche de momifiée, CV poussiéreux… on se croirait au Musée Redpath avant qu’il ne soit modernisé et rafraîchi).
Selon les procédures du Ministère de la famille (pertinentes sur papier, mais jamais très viables dans la réalité), le personnel administratif travaillant à temps plein, considérant la taille de notre CPE, devrait s’élever au nombre de trois personnes. Dans les faits, il n’y a que moi qui soit réellement présente à temps plein. À certains moments de l’année (et plus souvent qu’autrement), la directrice brille par son absence. Et nous comptons sur les (insatisfaisants) services d’une commis-comptable une demi-journée par semaine. Ce qui a pour effet que… je fais tout. Tout, littéralement tout, et dans tous les sens du terme tout. Avant toute chose, ma tâche première est d’épauler la directrice dans l’exercice de ses fonctions. Mais là ne s’arrête pas l’immense liste de missions qui me sont échues (certaines bien malgré moi). En l’espace d’une journée, je passe du travail d’adjointe à celui de traductrice, technicienne en informatique, concierge, psychologue, médiatrice, préposée aux plaintes, exterminatrice de fourmis, de souris, de marmottes ou de microbes, infirmière d’Info-Santé, responsable des ressources humaines et de la liste de rappel, surveillante, comptable, responsable des communications, madame bricole, préposée aux mouchoirs morveux, consolatrice de petits égos meurtris, maître ès arts en pancartes enjoignant les parents de respecter tel ou tel règlement, conseillère en ci et en ça, licheuse de représentants du ministère, chef des approvisionnements, correctrice, experte en dessins d’enfants, clone de Saint-Jude le patron des causes désespérées, distributrice de câlins, et oh! le meilleur pour la fin: plombier. En jupe et en talons hauts, c’est d’un chic.
Le commun des mortels croit évidemment que je passe le plus clair de mon temps à répondre au téléphone en me limant élégamment les ongles. Eh bien non. Je suis le point central de l’entreprise, mais rien n’y paraît.
Mais non, je ne suis pas vraiment débordée. Bien sûr que non, mes cernes ne s’étendent pas jusqu’aux confins du Nunavut. Naturellement, je ne travaille presque pas. Non, non et re-non. La gestion au quotidien s’accomplit effectivement d’elle même, comme par magie! Pouf! Et quant à moi, je ne fais office que de bibelot, derrière mon bureau.
Enfin bref, je suis claquée. Et cette fatigue est doublée d’une phase beurkissime, se traduisant par des symptômes similaires à ceux dont je souffre lorsque je suis normalement en plein SPM. Sauf qu’actuellement, ces signes cliniques s’étendent bien au-delà de cette période et persistent depuis 2-3 semaines:
Envie de me gaver de mauvais chocolat;
Hormones dans le tapis, comme en fait foi la subite poussée de boutons qui m’affuble d’un air de collégienne en rébellion (jupe sexy en moins);
Sentiment d’avoir besoin de visionner en boucle les topos d’autocongratulations de Dove parce que je me trouve aussi désirable qu’une Martha Stewart incarcérée, vêtue d’un seyant habit de prisonnière qui rehausse son fond de teint nuance gris-de-geôle;
Profond désir de cogner tout spécimen appartenant aux races </gros bon sens>, </savoir vivre dans les transports en commun> ainsi que les politiciens en général.
Ma tignasse me désespère, j’ai besoin d’une source nouvelle de motivation, j’aurais envie de dépenser sans compter un butin que je ne possède pas ou boire du mauvais vin jusqu’à en oublier qui je suis et me réveiller à l’hôpital (euh non, ça, j’ai déjà fait). Bref, je me sens comme une chanson de Pink. J’ai envie d’être irrévérencieuse et de mordre quiconque osera… euh… ouais… enfin… humm… quiconque osera se trouver au mauvais endroit au mauvais moment.
Mais bon, ça va, je vais survivre. Congé demain! Puisque j’en avais marre de devoir reporter éternellement deux rendez-vous que je devais prendre depuis belle lurette.
C’est hier que j’ai assisté à mon premier cours de yoga. Comme je l’ai mentionné précédemment, cela devait me permettre, notamment, d’évacuer un trop-plein de tension qui m’envahit nécessairement chaque Grand Méchant Lundi que le calendrier nous amène.
Or, vendredi dernier, ma patronne m’avait offert de travailler à la maison, histoire de me farcir une longue traduction qui m’aurait pris des lustres si je l’avais fait sur les lieux (pour cause de dérangements intempestifs… et incessants). Il va sans dire que j’ai acquiescé à sa suggestion à la seconde où elle en a fait mention. Ainsi, j’éviterais de devoir affronter un Grand Méchant Lundi au travail. Heureusement d’ailleurs, car j’ai su qu’au cours de la matinée d’hier, une panne d’électricité majeure est survenue! Le genre de truc qui se produit invariablement un lundi, de telle sorte que je ne me questionne même plus sur les probabilités que de tels événements se manifestent un autre jour. Si ça arrive, on est lundi, point à la ligne.
J’ai toutefois écopé aujourd’hui. L’univers m’a sans doute retourné la grimace que je lui avais faite hier en ignorant intraitablement le Grand Méchant Lundi. En effet, ma journée a été des plus chargées, entrecoupée d’une évacuation de la garderie pour cause de surchauffe du système de climatisation (encore!). Totale absence de pompiers, cette fois-ci, par contre. Amère déception.
En ce qui a trait au yoga, nulle déception. Plutôt une apaisante sensation à la fin de cette heure et quart. Nous avons appris quelques mouvements de base. Je sais faire la position du chat (approuvée par Morgane la chatte qui s’est étirée avec moi en signe d’encouragement).
Mais qu’est-ce que j’ai inhalé comme air! Je crois n’avoir jamais autant respiré de mon existence.
Inspirez… Expirez… Stop, vous croyez que je peux mourir d’un trop-plein d’air?
Pour ceux ou celles qui ne l’ont pas encore deviné, je suis possiblement la personne la plus tracassée sur la surface du globe. Je stresse pour tout, absolument tout. Même si mes craintes sont non fondées, le plus souvent. J’ai pratiquement le mot anxieuse tatoué sur le front. En lettres fluorescentes. Avec un contour bordé de chaînettes dorées. Et des néons clignotants. Et peut-être aussi une description sonore du contenu visuel.
Depuis la fois où je suis allée chez le vétérinaire avec Vénus pour en ressortir, malheureusement, sans elle, je crains profondément toute visite chez le vet. Et dernièrement, j’ai remarqué que Belle semblait souffrir d’une petite infection à l’oeil en plus d’avoir les oreilles très encrassées de cérumen, malgré le fait que je les lui nettoie régulièrement. Hier, elle avait du mal à garder l’oeil ouvert et des larmes perlaient constamment de son oeil infecté. Son état m’inquiétait. Comme je viens d’emménager dans un quartier que je connais peu, j’ai cherché une clinique vétérinaire à proximité de chez moi (merci, Google Maps) et une amie m’avait parlé d’une clinique sur l’avenue De Lorimier.
J’y avais un rendez-vous avec Belle aujourd’hui et même si tout mon entourage se voulait rassurant, j’ai vécu dans un état de nervosité totale une bonne partie de la journée. Maux d’estomac, nausée, perte d’appétit. Je revoyais le 15 décembre 2007 défiler dans mon esprit et j’appréhendais une mauvaise nouvelle. Un mal incurable qui n’existait même pas en réalité. Il est vrai que j’imagine toujours le pire. D’ailleurs, mon signe astrologique est Verseau ascendant négatif!
Finalement, une fois de plus, je redoutais une situation que mon subconscient submergé de scénarios catastrophiques avait forgé de toute pièce. Belle a effectivement une conjonctivite, mais de nature plutôt bénigne, et qui devrait se résorber d’ici quelques jours sans qu’elle n’ait à prendre de médicaments. Et pour ses oreilles, le vet m’a suggéré un produit qui devrait peu à peu enrayer la production excessive de cérumen qui obstrue présentement ses conduits auditifs. Bon, il a bien détecté un problème dentaire, qui pourrait éventuellement nécessiter une chirurgie, mais il n’a mis aucune pression et m’a dit que si c’est ce que je souhaitais, il prendrait le temps de m’expliquer l’étendue de l’intervention - et des coûts reliés au rétablissement de sa santé dentaire. Toutefois, son état n’a rien d’alarmant.
Et re-soupir de soulagement.
Je suis sous le charme. Le personnel a été accueillant, sympathique. Le vétérinaire a été d’une gentillesse totale, prenant à la fois le temps d’expliquer tout en détails, répondant à mes questions, me suggérant diverses options. J’ai particulièrement apprécié le fait qu’il ne me prescrive pas d’emblée toute une panoplie d’antibiotiques et qu’il use d’une franchise dont devraient s’inspirer nos propres médecins.
Dans ma prochaine vie, je veux être un chat.
***
Hôpital vétérinaire Animomédic. 4000, De Lorimier, Montréal. 514-521-1678.
Je hais le lundi. J’abhorre le mot, le concept, la journée en elle-même. Le fait que ce soit immanquablement le jour où cette scélérate de poisse prend d’assaut toute personne normalement pas si malchanceuse, où une charge de travail déjà considérable augmente en flèche jusqu’à en percer la toiture, où les situations les plus invraisemblables se produisent simultanément, bref le fait que ce soit toujours la pire journée de la semaine.
Encore aujourd’hui, j’y ai goûté. J’étais claquée avant même d’avoir franchi les portes du bâtiment. Les cernes s’élargissant de seconde seconde trahissaient nettement mon état physique et mental. Et, à l’issue de cette journée, j’avais l’impression d’être sur le point de manquer d’air. Parfois, je me demande presque si je prends réellement le temps de respirer le lundi.
D’ici à ce que je trouve l’emploi de mes rêves (ou à ce que je me décide que me tourner vers ma véritable passion, la culture, et accepter de gagner 800$ à 1300$ de moins par mois (ou pire encore), parce que eh, on nous prend pour des tarés dans ce pays, ne provoquera pas le hara-kiri prématuré de mon budget), je crois avoir trouvé la solution pour survivre au Grand Méchant Lundi (et éviter de mourir d’une crise cardiaque avant d’atteindre l’âge *ahem* presque vénérable de 30 ans): le yoga.
Un cours de yoga le lundi soir. Fallait y penser. Cela me permettra (je l’espère) de me décharger de toutes ces énergies négatives accumulées au courant de la journée et d’envoyer gentiment paître le Grand Méchant Lundi avec calme et sérénité.
Les leçons débutent le 15 septembre. Je ne pensais jamais affirmer ce qui va suivre mais… Vivement lundi prochain!!!
Imaginez trois personnes complètement débordées. Sub-mer-gées de travail.
Imaginez maintenant une *ô combien seule* personne prisonnière de cette charge de travail qui aurait normalement suffit à faucher trois travailleurs - mais que cette *ô combien seule* personne a l’immense (dé)plaisir d’effectuer dans l’isolement le plus total.
Imaginez cette seule et même personne aux prises avec des symptômes de stress qui ne trompent pas: spasmes de la paupière gauche, insomnies, raideurs de la nuque et des épaules, irritabilité, palpitations cardiaques, maux d’estomac récalcitrants.
Imaginez ensuite la même personne souffrant d’un SPM dont le degré d’agressivité frôle dangereusement le “ôtez-vous-de-mon-chemin-sans-quoi-je-vous-étrangle-à-mains-nues-sans-préavis”.
Résultat: une Blogueuse Cornue dont les cornes deviennent particulièrement acérées!
J’ai donc préféré m’abstenir momentanément de bloguer, voulant éviter de rédiger un billet profondément odieux [lire: carrément bitchy] sur Stephen Harper (ah? je l’ai déjà fait?), les bactéries provoquant la mort de mangeurs de viande (virez tofu! le tofu ne tue pas, lui!), le fait que Celiiiiiiine ait reçu un doctorat honorifique (non mais, sérieusement?), ma profonde envie d’apposer sur mon écran d’ordinateur au bureau un Post-It sur lequel j’aurais préalablement écrit I quit au marqueur feutre, les élections fédérales prévues cet automne (ô joie et excitation sans bornes, j’me peux plus!), et mon impérieux désir de m’exiler dans un pays qui ne freine pas la culture.
Comment ai-je réussi à endiguer ce trop-plein d’agitation négative?
Imaginez un vendredi où ladite personne n’a pas à se rendre au travail. Soulagement.
Imaginez ce même vendredi où la même personne a un rendez-vous au comptoir Chanel pour se faire maquiller par un dieu (qui ne joue cependant pas dans la même ligue, mais bon, le spectacle n’en demeure pas moins plaisant pour le regard!). Une heure de pure détente.
Imaginez cette personne qui dégaine sa carte de crédit pour se procurer quelques produits totalement superflus et qui pourtant hausse son moral d’un cran.
Imaginez ensuite cette personne qui se noie dans une séance de ménage digne d’une reine du foyer d’une participante à une émission de téléréalité qui pourrait s’intituler Extreme Cleanup. [Je pourrais faire des sous avec ce concept, vous croyez?]
Résultat: une Blogueuse Cornue nettement plus zen, qui n’a plus envie d’égorger les passants (mais qui a peut-être quand même un peu envie de mettre une baffe à la très honorable (yeah, right) Josée Verner pour son absence flagrante de résistance face aux coupures dans la culture).